Dernière Séance # 14


Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Mercredi 22 janvier

Pour la première fois depuis plus de 10 ans, je consacre environ 12 heures à revoir l’intégralité du Seigneur des anneaux selon Peter Jackson dans leurs versions longues (2001-03). Sur des scenarii co-écrits avec Philippa Boyens et son épouse Fran Walsh, la mise en scène de Peter Jackson est un modèle de fluidité et de clarté narrative. Sa vision est toujours aussi inspirée, à la fois sensible et épique, regorgeant de plans iconiques à l’extrême. Le gigantesque casting est un sans-faute, et au sein de carrières remarquables et variées, Ian McKellen, Viggo Mortensen, Elijah Wood ou Andy Serkis trouvent le rôle de leur vie. Andy Serkis tiens ! À l’époque, Gollum fait date dans l’histoire des effets-spéciaux au cinéma. Froidement, on pourrait dire aujourd’hui que ceux-ci ont pris un petit coup de vieux. Ce serait là pinailler devant la preuve éclatante de l’apparition d’une poésie des effets surannés, quand ceux-ci sont mis au service de la force dramatique d’un des plus beaux personnages (le plus beau ?) d’une très impressionnante galerie. De ce fait, et à l’instar du film préféré de Peter Jackson, le King Kong de Merian Cooper et Ernest Schoedsack (1933), si la patine de l’opus magnum de Peter Jackson est un marqueur de son temps, sa réussite cinématographique traverse les âges avec une classe folle (à condition de fermer les yeux sur les blagues à propos de lancers de nains).


Vendredi 24 janvier

On apprend que le président de la dixième cérémonie des Magritte – l’équivalent des césars à la sauce Bruxelloise – sera Pascal Duquenne. L’acteur porteur du syndrome de Down (trisomie 21) avait ému la croisette en 1996 pour son rôle dans Le Huitième jour de Jaco Van Dormael, devenant ainsi le premier acteur belge à remporter le prix d’interprétation masculine sur la croisette (ex aequo avec Daniel Auteuil dans le même film).
Le deuxième long-métrage de Jaco Van Dormael avait reçu une longue et chaleureuse ovation et permis à son acteur de réaliser son rêve, lui qui fait du théâtre depuis qu’il est enfant. En Belgique, Le Huitième jour reste à ce jour le film le plus vu en salles pour une production belge francophone (750.000 entrées). Pascal Duquenne a accompagné  Jaco Van Dormael durant toute sa carrière puisqu’il était à l’affiche du premier film du cinéaste,  Toto le héros (1991),  mais aussi de Mr Nobody (2009) et du dernier en date Le tout nouveau testament (2015).

Donner cette opportunité à Pascal Duquenne est réjouissant et prometteur d’une mentalité plus ouverte pour le cinéma belge. Côté cérémonie, Duelles (Olivier Masset-Depasse), Le jeune Ahmed (Jean-Pierre et Luc Dardenne), Lola vers la mer (Laurent Micheli), Nuestras madres (César Diaz) et Seule à mon mariage (Marta Bergman) se disputeront le titre du meilleur film alors que les quatre premiers cités tenteront de décrocher la récompense du meilleur réalisateur. Qui d’autre que Pascal pouvait présider une cérémonie au pays de l’absurde ?
Et s’ il remplaçait aussi le roi Philippe pour gouverner le plat pays ?
J’oserais parier qu’il ne ferait pas moins bien. 
Duquenne premier ministre !


Samedi 25 janvier

Après l’hommage, l’étonnement. J’apprends en ce jour – apparemment avec deux ans de retard – qu’Olivier Assayas aurait du mettre en scène Idol’s Eye un long-métrage de genre américain adapté d’un article de Playboy avec Robert De Niro. Remplacé ensuite dans le rôle titre par Sylvester Stallone et accompagné, entre autres, par Robert Pattinson et Rachel Weisz. L’annonce et le casting paraissent bien étonnants dès lors qu’on a vu les précédents thrillers du cinéaste, généralement assez peu enclins au dynamisme, à la castagne et surtout à une recherche d’efficacité typiquement hollywoodienne. Mais l’idée paraît peut être moins étonnante dès lors que l’on sait l’attirance du cinéma mondial pour ce réalisateur français à la singularité évidente mais pas toujours parfaitement maîtrisée. Le projet  – stigmate pour Assayas – semble bien embourbé dans les limbes hollywoodiennes. Faute de gros sous pour racheter une pré-production antérieure à celle du réalisateur.


Dimanche 26 janvier

La mort est inéluctable mais les accidents qui parfois la causent ne semblent jamais porter que le sceau de l’absurdité. Il y a quelques jours, Kobe Bryant est mort lors d’un accident d’hélicoptère. Il était l’idole marquant mon adolescence, comme celle des fans de basketball de tous bords mais aussi – star des Los Angeles Lakers qu’il était – de nombreux acteurs, réalisateurs et artisans de cinéma. Si c’est bien sûr une unquantifiable émotion qui fait danser les doigts du rédacteur de ses lignes, c’est cette même émotion qui le poussera à tordre un peu l’hommage pour correspondre à une certaine idée éditoriale: son amitié et sa collaboration avec Spike Lee dans Kobe Doin’ Work, fascinant documentaire tant sportivement que cinématographiquement, ses apparitions dans de nombreuses et inégales réclames parfois tournées par les plus grands, l’importance du conte dans l’histoire du sport et particulièrement dans le basket moderne… Toutes ces pistes auraient pu s’offrir en sujets. Mais c’est surtout l’abrupt avortement de cette carrière de storyteller (avec son studio Gravity) qui m’aura le plus marqué, ainsi que la possibilité de relecture testamentaire et donc particulièrement émouvante du magnifique Dear Basketball réalisé par l’immense Glen Keane (2017). Mis en musique par John Williams et écrit, produit et interprété par le Black Mamba, le court-métrage d’animation leur aura valu l’Oscar du même nom (le seul à ce jour donné à un athlète) et ressemblait autant à un dernier acte sportif qu’à un premier cinématographique: « Je ne peux t’aimer de façon aussi obsessive que pour quelques instants encore. […] Ce n’est pas grave. Je suis prêt à te voir partir. »


Lundi 27 janvier

Après le succès dantesque – commercial on s’entend –  du dernier Roi lion (9,7 millions d’entrée en France) et en attendant le Pinocchio de Robert Zemeckis ou le prequel des 101 Dalmatiens avec Emma Stone, Disney annonce travailler à un remake live action de Bambi. Le remake en live action est entre les mains de deux scénaristes: Lindsey Beer et Geneva Robertson-Dworet. La première est créditée de Sierra burgess is a loser (Ian Samuels – 2018), la seconde du Tomb Raider de  Roar Uthaug (2018). Ensemble, elles signeront également le scénario de Silver Sable, prochain spin-off de Spider-man centré sur le personnage féminin prêtant son nom au titre.
Devant cette multiplication de remakes, reboots et autres spin-offs, on est en droit de s’interroger:  est-ce vraiment le signe d’un studio de cinéma tourné vers l’avenir ? L’empire Disney est-il aujourd’hui attiré par autre chose que le montant de ces recettes et l’assurance de ramener en salles un maximum de monde ? Pour défendre le projet, la firme aux grandes oreilles mise – comme pour Le Roi lion – sur la technologie d’images de synthèse photoréalistes, notamment pour recréer un univers forestier immersif. Ainsi, le jeune faon maladroit apparu sur les écrans en 1942 s’offrira une seconde jeunesse puisqu’il est annoncé dans une « 3D révolutionnaire ». L’occasion également de retrouver Panpan le lapin plus vrai que nature. Tout cela ne sent-il pas déjà la mouffette ? Réponse en 2022…


Mardi 28 janvier

Saisons des prix oblige, les français ont maintenant leurs Golden Globes (sans le versant séries, étrangement…) soit les prix « Lumières » décernés par les correspondants de la presse internationale à Paris. Au rayon des bonnes nouvelles, Noémie Merlant et Claire Mathon sont récompensées pour Portrait de la jeune fille en feu et Roschdy Zem pour Roubaix, une lumière !. Au rayon faisandé, Roman Polanski est distingué pour la mise en scène de J’accuse et les scénaristes des Misérables repartent également les mains pleines.

Plus sérieusement, une vraie bonne nouvelle, la Mosfilm, soit la société de production cinématographique fondée après la nationalisation des moyens de production soviétiques, met une bonne partie de son catalogue en accès libre sur YouTube, en versions sous-titrées et en relativement bonne qualité (ici). S.M. Eisenstein, E. Klimov, N. Mikhaïlkov… De quoi rattraper quelques classiques. Une stratégie de distribution somme toute logique quand on envisage le grand cinéma comme un bienfait qui doit bénéficier à tous les hommes et toutes les femmes du peuple !


Sur ce bonne semaine cinéphile à tous !

Olivier Grinnaert, Lucien Halflants et Julien Rombaux

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