Dernière Séance # 15


Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Mercredi 29 janvier

Ancien directeur artistique du festival de Locarno, l’italien Carlo Chatrian annonce sa première sélection à la tête de la Berlinale, qui se déroulera du 20 février au 1er mars. Globalement, la sélection annonce peu de noms prestigieux, et semble accorder une place de choix à des formes artistiquement risquées, hybrides et exigeantes, qui ont fait la réputation de Locarno au cours des années 10. Malgré tout, la vieille garde y sera représentée par Abel Ferrara (Siberia) ou l’inoxydable Philippe Garrel (Le Sel des larmes), l’Asie par Hong Sang-Soo (The Woman who ran, avec sa muse Kim Min-Hee) ou encore Tsai Ming-Liang, ancienne gloire des nineties, qui revient avec un film intitulé Days, toujours avec son acteur fétiche Lee Kang-Sheng. Les transmetteurs suivront de près les premiers retours sur Irradiés du documentariste Rithy Panh, First Cow de l’américaine Kelly Reichardt (La Dernière piste – 2008 ; Certaines femmes – 2016) ou encore Undine de l’allemand Christian Petzold (Barbara – 2012 ; Phoenix – 2014). Enfin, notons une nouvelle adaptation du roman d’Alfred Döblin Berlin Alexanderplatz (après notamment la fameuse série de R.W. Fassbinder en 1980), cette fois transposé de nos jours sur fond de crise migratoire et de néons fluos, le tout réalisé par le réalisateur germano-afghan Burhan Qurbani, remarqué avec Shadada en 2010.


Jeudi 30 janvier

Je n’osais vraiment y croire. L’idée saugrenue, dépourvue d’incarnation visuelle ne s’était pas encore cristallisée dans mon cerveau reptilien. Et puis, comme dans Paris-Match, le choc d’une photo. The Jesus rolls, le spin-off de The Big Lebowski des frères Coen (1998) est bien un pseudo-remake des Valseuses de Bertrand Blier (1974). D’un coup, l’imagination s’affole : Bobby Cannavale et John Turturro besognant une Audrey Tautou frigide ou reniflant des petites culottes pour deviner l’âge de leurs propriétaires, Isabelle Huppert reprenant son rôle de jeune vierge juste pour emmerder Eric Neuhoff… Probablement pas un chef d’œuvre, le film remplacera le traditionnel Las Vegas Parano (Terry Gilliam – 1998) lors de la prochaine soirée Pizza-Mescaline avec les collègues transmetteurs.

Le choc des photos.

Samedi 1er février

Un peu plus de deux ans après le succès de La Forme de l’eau (2017), Guillermo Del Toro a commencé il y a une dizaine de jours le tournage de Nightmare Alley, l’histoire d’un escroc faisant équipe avec une psychiatre. Co-écrit par le réalisateur avec Kim Morgan, collaborateur régulier du franc tireur canadien Guy Maddin, le script est adapté d’un roman de William Lindsay Gresham originellement paru en 1946, édité en français par Série Noire en 1997 sous le titre Le Charlatan (avec une postface de Philippe Garnier). Ce texte a déjà été adapté à l’écran en 1947 par Edmund Golding avec Tyrone Power dans le rôle principal. Il s’agit apparemment d’un diamant méconnu du film noir, entretenant une filiation avec Freaks (1932), Boulevard du crépuscule (1950) et Mulholland Drive (2001), il a été réédité sur support numérique au milieu des années 2000 et jouit d’une solide réputation chez les cinéphiles. La photographie de la nouvelle adaptation par RealGDT sera signée Dan Laustsen pour leur quatrième collaboration (après Mimic – 1997, Crimson Peak – 2015 et le précité La Forme de l’eau). Bref, tout ceci semble du taillé sur mesure pour l’auteur-réalisateur du Labyrinthe de Pan (2006). Petite ombre au tableau, la direction d’acteurs n’est pas toujours le point fort de l’auteur mexicain: aux côtés de l’estimable Cate Blanchett, le sympathique mais fort lisse Bradley Cooper a été retenu pour le rôle principal masculin. Leonardo Di Caprio, acteur originellement pressenti aux fréquents éclairs de génie (malgré ses sorties de piste) eut été un choix plus enthousiasmant.


Dimanche 2 février

Le festival de Gerardmer couvre de prix Saint-Maud (Grand Prix, Prix de la critique, Prix du jury jeunes). Premier long métrage écrit et réalisé par la britannique Rose Glass, autrice de plusieurs courts, Saint-Maud met en scène une infirmière à domicile trop pieuse pour ne pas être dérangée. À l’odeur alléché, je me précipite sur la bande-annonce, mais c’est une douche froide qui m’attend. Le film arbore fièrement le logo de la société de production new-yorkaise A24, qui s’est fait ses dernières années une spécialité de films « de genre » un tantinet prétentieux et aux emballages plus jolis que la substance, globalement peu appréciés par notre rédaction. Sur plus de 2 minutes, rares sont les plans qui impriment ma rétine et le recours à un morceau chanté par Billie Eilish dans la bande-son achève de faire de ce trailer le plus hypster-tendance-2020 qu’il m’ait été donné de voir à ce jour. Saint-Maud sortira fin juin en France, la date de sortie en Belgique est inconnue, mais accorder le bénéfice du doute nous devons.


Lundi 3 février

Rien ne va plus sur la planète de la critique ciné podcastable ! Alors que je me gausse que Le Masque et la plume se fasse taxer de racisme et de misogynie dans une enquête signée Médiapart, j’apprends que le plus recommandable No Ciné sur Binge audio, animé par Thomas Rozec, est quant à lui purement et simplement suspendu. Dommage, l’émission plus qu’hebdomadaire proposait une ligne éditoriale proche du cinéma que nous défendons à Transmission, débattue avec passion, précision et érudition. Soit en contresens total avec les jeux de mots poussifs, les assertions condescendantes et le mépris du cinéma comme art-spectacle de la cathédrale moisie de France Inter (avec tout le respect que je dois à Michel Ciment). Ceci étant dit, Radio France propose moult programmes hautement recommandables, de Mauvais Genres sur France Culture à Plan Large sur… France Culture.

No Ciné dans l’au-delà.

Mardi 4 février

Bouclage de cette semaine décidément très festivalière par l’évocation de deux films projetés au dernier festival de Sundance, l’ex-Mecque du cinéma américain dit « indépendant », devenu depuis la fin des années 90 un cliché à lui tout seul, désignant des films un peu grisâtres, souvent sous-écrits, parfois empruntés d’un spleen existentiel qu’on retrouve chez pas mal d’auteurs de comics américains en vogue (Daniel Clowes, Chester Brown, Seth ou Adrian Tomine). Soit tout le contraire des Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin, qui y fut pourtant révélé en 2012. Malheureusement et comme on pouvait le craindre au vu de sa bande-annonce, l’auteur-réalisateur ne semble pas reproduire le miracle sur Wendy. Cette année, le Grand Prix échoit à Minari, long métrage écrit, produit et réalisé par l’américain d’origine coréenne Lee Isaac Chung, déjà auteur de 4 longs-métrages. Centré sur l’intégration d’une famille d’origine coréenne qui s’implante en Arkansas, Minari est notamment interprété par Steven Yeun qui tenait l’un des rôles principaux du Burning de Lee Chang Dong (2018). Le film est produit par Brad Pitt via sa société PlanB et distribué par… A24 ! Probable rendez-vous sur la Croisette en mai prochain (à la Quinzaine ou à la Semaine ?).

Minari de Lee Isaac Chung.

Sur ce bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

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