Dernière Séance # 03


Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Attention, toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Mercredi 16 octobre

Hit de vidéoclub et sommet de cinéma malaisant, Maniac ressort dans un somptueux coffret dvd & bluray chez l’éditeur cinéphile Le chat qui fume. Près de 40 ans après sa sortie, le film de William Lustig n’a pas pris une ride, et garde tout son pouvoir de fascination. Derrière les effets spéciaux brut de décoffrage de Tom Savini, et l’interprétation fiévreuse de Joe Spinell, Maniac étonne toujours par sa radicalité et son portrait sans fard du New York des années 80. Film mental sur la psyché d’un personnage malade, Maniac pourrait être vu comme le pendant horrifique du Taxi Driver de Martin Scorsese (la voix off de Travis Bickle laissant place à la respiration anxiogène de Frank Zito). Une parenté cinématographique que l’on peut trouver également avec le cinéma des débuts d’Abel Ferrara comme le souligne très justement le trop rare critique et scénariste Fathi Beddiard dans les bonus exclusifs à cette nouvelle édition. Un entretien exceptionnel où sont également évoqués en détails un projet de remake avorté de Maniac sous la direction de Gaspard Noé avec Jo Prestia et un autre de Maniac Cop par Fabrice Du Welz.


Jeudi 17 octobre

À chaque semaine sa polémique. Après les propos de Martin Scorsese sur les films Marvel qui ont enflammé la toile il y a quelques semaines, c’est au tour de Francis Ford Coppola invité d’honneur au festival Lumière de Lyon de déclarer lui aussi son désamour pour le Marvel Cinematic Universe et la galaxie des super héros qui domine le box office.

Des propos répétés en boucle, sur tous les sites d’actu et les fils twitter, comme si il était étonnant d’apprendre que cette génération de cinéastes ayant redéfini le paysage du cinéma américain des 70’s et des 80’s en cherchant à s’affranchir de la mainmise des studios, pouvait se réjouir de l’avènement du système de production Marvel. Celui d’un studio où le réalisateur est relégué au rang de kleenex interchangeable et où même certains acteurs en finissent par oublier leur participation aux dits films.

Plus qu’une aversion pour un genre en particulier – chose qui reste à prouver vu la versatilité de la carrière des deux cinéastes mis en accusation – c’est bien à la logique de production qui les a fait naître que semble se destiner les critiques de Scorsese et Coppola. Un système de production taylorisé ou chaque film ne semble devoir son existence que pour servir de produit d’appel au suivant.

Un constat partagé l’année dernière par Spielberg avec son Ready Player One, manifeste artistique et plaidoyer culturel contre une vision mercantile de l’imaginaire, dont le grand méchant incarné par Ben Mendelsohn ressemblait étrangement au patron actuel de Marvel : Kevin Feige.
Pour peu que l’on ajoute à ses propos les déclarations d’un Georges Lucas désabusé qui à la sortie de Star Wars : le réveil de la force comparait la vente de son bébé Star Wars à Disney à une vente aux esclaves pour de riches propriétaires blancs, on comprend mieux le désaveu de toute cette génération de cinéastes face au virage totalement mercantile du cinéma de divertissement.

La team « Avengers » du nouvel Hollywood

De Scorsese, Coppola, Spielberg à Lucas un dernier grand barbu tarde pourtant à se faire entendre, se fait désirer. Alors même que la planète twitter attend avec fébrilité un nouveau nom à accrocher à sa liste des cinéastes à pendre ou à célébrer, il ne nous reste plus qu’a imaginer l’avis de Brian.


Vendredi 18 octobre

D’un côté la Cinémathèque française organise une exposition/rétrospective « Vampires de Dracula à Buffy », de l’autre le festival Lumière de Lyon récompense Francis Ford Coppola. C’est assez pour susciter le désir irrépressible de revoir pour la xième fois le Bram Stoker’s Dracula que le réalisateur d’Apocalypse Now signa en 1992. Au rayon des choses qui ne bougent pas: les costumes somptueux d’Eiko Ishioka (dont certains exposés dans l’exposition susmentionnée), la composition originale inspirée de Wojciech Kilar, Anthony Hopkins qui cabotine, Keanu Reeves régulièrement à côté de la plaque et Gary Oldman qui se donne comme si sa vie en dépendait. Lors de mes précédentes visions, j’avais trouvé les effets en caméra subjective franchement datés, rappelant aux cinéphiles des eighties le Razorback de Russel Mulcahy. Aujourd’hui, le temps a fait son œuvre de manière tout à fait inattendue, et ces plans truqués rejoignent désormais les rangs des autres trucages optiques, de défilement, de surimpressions, d’ombrages et de caches, volontairement datés, avec lesquels Coppola s’amuse tout au long de son travail. Le film apparaît plus organique que jamais, un hommage au cinéma en lui-même (à la naissance contemporaine de celle du monstre des Carpates) maelström d’effets audacieux et de compositions alambiquées, qui tire une drôle d’unité de sa surenchère permanente.

Aperçu des costumes d’Eiko Ishioka à la Cinémathèque Française.

Dimanche 20 octobre

Dur d’être aimé par des cons. C’est sûrement avec cette pensée en tête et un pincement au cœur que les amateurs de Ken Loach ont dû accueillir la déclaration d’amour d’Alain Madelin au réalisateur britannique à propos de la sortie de Sorry we missed you.

Pourtant le baiser mortel de ce grand théoricien du libéralisme économique à la française, soutien d’Emmanuel Macron, devrait interroger sur la pertinence de Ken Loach et de son cinéma dans le paysage actuel, celui d’un cinéma social et contestataire devenu désormais bien trop consensuel.


Mardi 22 octobre

Sortie de la dernière bande annonce de Star Wars, épisode IX : L’Ascension de Skywalker couplé à une belle opération marketing de mise en prévente des places dans tous les cinémas de la galaxie. Un engouement et un record d’affluence qui me laisse toujours sans voix tant il me paraît inenvisageable d’espérer atteindre l’orgasme cinématographique après des préliminaires aussi laborieux. Si l’annonce d’une nouvelle trilogie avait pu à l’époque titiller ma fibre nostalgique, Le réveil de la force en 2015 et Les derniers Jedi en 2017, auront su doucher toutes mes attentes, enterrer tout espoir de renouveau tant tous les éléments constitutifs et fondamentaux de la saga ont été dévoyés sur l’autel d’un fan service érigé en arc narratif. L’espoir entretenu de voir la saga reprendre son envol, loin de Georges Lucas et de son horrible prélogie n’était qu’un rêve pieux face à la logique de capitalisation du studio Disney. La rébellion a perdu et l’empire Disney s’étend désormais à perte de vue.

Il semble lointain le temps où l’enthousiasme pour Star Wars dépassait les limites de l’onanisme.

Sur ce bonne semaine cinéphile à tous.

Manuel Haas et Olivier Grinnaert

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