NO OTHER CHOICE / SEND HELP : Le travail c’est la santé
BISON: le cinéma de Mari Selvaraj
THE RUNNING MAN / RELAY : Fight the power !
THE SMASHING MACHINE : Il faut sauver le soldat The Rock
INTERVIEW BIFFF 2022 – John McTiernan
En commençant il y a une dizaine d’années à écrire pour un site web défunt, activité qui a muté en réalisation d’un podcast audio, notre but premier était surtout de rencontrer des pairs avec qui partager notre passion, entretenir et attiser le feu.
Et pourtant ! Si confidentielle soit elle, cette activité a mené il y a quelques semaines les camarades Manuel Haas et Lucien Halflants à rencontrer l’un de leurs héros : John McTiernan. L’un des artisans d’images qui brûlèrent leurs rétines dans leurs jeunes années, les transformant en indécrottables cinéphiles, espèce rare noctambule, à l’intersection de l’autisme, du voyeurisme et de l’érudition maladive, souvent atteint de collectionnite aiguë. John McTiernan donc. McT pour les intimes.
Auteur de Predator (1987), The Hunt for Red October (1990), Die Hard with a vengeance (1995) et bien sûr de Die Hard (1988), premier du nom, candidat très sérieux au titre de meilleur film d’action de tous les temps. L’artiste était invité d’honneur du Brussels International Fantastic Films Festival en septembre dernier.
Nous avons eu l’opportunité de l’interviewer, sans toutefois que l’homme ait une actualité particulière, et dans un laps de temps limité (20 bonnes minutes). Plutôt que de nous lancer sur les grands classiques précités, nous avons choisi de l’interroger sur un axe inattendu : la présence au premier plan de comédiennes dans deux films plus tardifs, Thomas Crown (1999) et Basic (2003). Ce dernier film cité étant aussi sa dernière œuvre en date, ce fut aussi l’occasion pour faire un point sur ses projets en cours.
En espérant que vous aurez autant de plaisir à regarder cette interview que nous avons eu à la réaliser (mais ça j’en doute). Bonne vision à toutes et à tous !
Pour un.e cinéphile au début des années 2000, sonné.e par les uppercuts J.S.A. (2000), Sympathy for Mr Vengeance (2002) et galvanisé.e par le sacre d’Old Boy (2004), Park Chan-Wook était à peu près le cinéaste le plus cool du monde. Vingt ans après, malgré la série de déconvenues qui a suivi, entre bas très bas (I am a cyborg but that’s ok – 2006) et hauts très hauts (Mademoiselle– 2016), il reste un artiste au style immédiatement reconnaissable, dont la découverte des œuvres suscite toujours et encore l’excitation, un sentiment aujourd’hui exacerbé par l’attente de son adaptation à l’écran du roman The Ax de Donald Westlake paru en 1997. Annoncé depuis une dizaine d’années, No Other Choice est donc un film que nous fantasmons dans un coin de nos têtes depuis lors (peut-être trop). Verdict en écoute.
RETOUR AUX SOURCES
Pour un.e cinéphile au début des années 2000, la cornée marquée à vie par la trilogie Evil Dead (1981-87-93), Mort ou Vif (1995) et galvanisé.e par la consécration Spider-Man 1 et2 (2002-2004), Sam Raimi était à peu près le cinéaste le plus cool du monde. Vingt ans après, force est de constater que la machine hollywoodienne post 09.11 a bien broyé les élans punks et rigolards de notre fan-boy préféré. Alors que nous avions définitivement tiré un trait sur l’auteur suite à ses mésaventures en terres désolées du MCU, le re-voila avec une comédie horrifique au budget modeste porté par une actrice jusqu’alors sous-exploitée, comme il avait déjà fait le coup en 2009 avec Drag Me To Hell. Une cure de jouvence ? Verdict en écoute.
Et en conclusion de ce numéro à la couleur involontairement nostalgique, quelques mots sur trois réalisateurs.rices plus frais : Chloe Zhao (Hamnet), Yann Gozlan (Gourou) et Pedro Pinho (Le Rire et le couteau).
00:00 – Intro 05:06 – NO OTHER CHOICE de Park Chan-Wook 23:42 – SEND HELP de Sam Raimi 01:05:41 – Conseils
Chères auditrices et chers auditeurs cinéphiles,
Pour ce qui sera notre dernière publication de l’an 2025, nous faisons appel pour la 3e fois à notre spécialiste des cinémas indiens Logan Boubady pour une émission consacrée à BISON, dernier effort en date de l’auteur réalisateur tamoul Mari Selvaraj. Un film sorti avec succès autour des festivités de Diwali en Inde et le 17 octobre dernier dans un parc réduit de salles en France et en Belgique.
LUTTES DES CASTES
Fait intéressant et un des nœuds de notre débat : tout le cinéma de Mari Selvaraj (et BISON en particulier) est innervé par les inégalités inhérentes au système des castes qui régit en grande partie la société indienne. De ce fait, la discussion autour de la réception que nous petits francophones pouvons avoir du cinéma indien n’est plus seulement embarrassée de codes strictement liés à l’industrie cinématographique locale (cinéma de superstars et crossovers, durées, scènes dansées, etc.), mais aussi de signes profondément ancrés sociologiquement depuis plus de huit siècles dans un système politique. Pour les spectateurs attentifs, ces signaux seront ici « ressentis » grâce à la mise en scène et à l’écriture, à défaut d’être désignés de manière explicite.
Autre point central, le récit de BISON s’ancre dans un sport populaire en Asie, le Kabbadi, peu connu par nos contrées. L’un des mérites de la mise en scène de Mari Selvaraj est aussi d’en rendre les enjeux limpides.
Pour finir nous vous prions de rester branchés à nos canaux, chères auditrices, chers auditeurs, cette fin d’année est chargée et nous avons encore quelques surprises en stock pour les semaines à venir.
D’ici là, belles fêtes de fin d’année et bonne écoute à toutes et à tous !
Morne année cinéphile que ce 2025. Alors qu’il est bien triste de se dire qu’on aura du mal à remplir un top 10 de fin d’année (en croisant les doigts pour The Secret Agent et Avatar 3, tous deux à l’affiche le 17 décembre), les derniers opus de deux de nos héros.ïnes sortent directement sur une plateforme (House Of Dynamite de Kathryn Bigelow et Frankenstein de Guillermo Del Toro, sur Netflix) et l’espoir Rodrigo Sorogoyen s’illustre en format sériel (Los Anos Nuevossur Arte).
Du côté de nos affaires personnelles, l’an qui s’achève aura concrétisé notre enthousiasme pour le cinéma populaire indien en compagnie de Logan Boubady et nous essayer à un nouveau format en ne traitant qu’un seul film par numéro, ce qui a ses avantages et ses inconvénients (au rang desquels celui de manquer certains événements, par exemple le dernier film de Paul Thomas Anderson non évoqué ici, ce qu’on essaiera de rattraper en fin d’année).
Une fois n’est pas coutume, marche arrière à l’occasion de ce nouveau numéro où deux films sont au programme : Primo The Running Man, le dernier essai luxueux d’Edgar Wright, un auteur qui a donné beaucoup et sur lequel on nourrit donc beaucoup d’attentes, secundo Relay (L’intermédiaire) de David McKenzie (Comancheriaen 2016), un cinéaste qui nous surprend souvent pour le meilleur, dans les limites des moyens au sein desquels il évolue (sans vedette de premier plan, sans action ou effets ostensibles ni promotion massive, Relay est un film « du milieu » où « de série B » comme on les appelait parfois il y a très très longtemps…).
Même s’il est peu probable que l’un de ces deux efforts ne rentre dans l’histoire du 7e. art, ils auront eu le mérite de mettre un peu de baume sur nos petits cœurs cinéphiles blessés en attendant le retour de Big Jim.
00:00 – Intro 09:56 – THE RUNNING MAN d’Edgar Wright 00:39 – RELAY (L’INTERMEDIAIRE) de David MacKenzie 01:05:41 – Conseils
Chères auditrices et chers auditeurs cinéphiles,
Les frères Joshua et Benny Safdie ont été révélés sur la carte du cinéma international à Venise en 2014 avec Mad Love in New York, puis à Cannes avec Good Time en 2017. Deux ans plus tard, Uncut Gemsa été traité par notre équipe, sans toutefois soulever en nos rangs l’enthousiasme qu’on pouvait observer alors de la part d’un grand nombre de critiques.
Et pourtant, notre amour pour le cinéma américain qui a forgé notre cinéphilie nous pousse aujourd’hui à consacrer ce nouveau numéro à The Smashing Machine, première réalisation de Benny Safdie en solo (il y officie aussi en tant que scénariste, co-producteur et monteur). Précisons que le film possède d’autres attraits qui ne pouvaient nous laisser indifférents. Son sujet d’abord, biopic du lutteur de MMA Mark Kerr, The Smashing Machine évoque instantanément les classiques du genre tels que Raging Bull de Martin Scorsese (1980) ou évidemment le séminal Rocky de John G. Avildsen (1976). D’autre part (et il s’agit là de l’argument promotionnel principal), le film serait le véhicule idéal pour Dwayne « The Rock » Johnson – rendu méconnaissable par le travail remarquable du maquilleur Kazu Hiro – pour s’acheter une crédibilité en tant qu’acteur de composition.
En fin d’émission, impressions à chaud sur La Petite dernière d’Hafsia Herzi et éloge de l’article signé François Cau sur le cinéaste S.S. Rajamouli pour le dernier numéro de Mad Movies (à l’occasion notamment de la sortie le 31 octobre dans les salles françaises d’un nouveau montage de La Légende de Baahubali).
00:00 – THE SMASHING MACHINE de Benny Safdie 24:24 – Conseils
Chères auditrices et chers auditeurs cinéphiles,
Si vous avez écouté notre première émission consacrée au cinéma tamoul en général et au réalisateur Karthik Subbaraj en particulier, vous savez donc maintenant que l’industrie de cinéma indien ne s’appelle pas Bollywood, mais que ce barbarisme concerne le cinéma en langue hindi basé à Mumbai dans l’état du Maharashtra. En guise de rappel, Mollywood désigne l’industrie du cinéma en langue malayalam basée à Trivandrum dans l’état du Kerala, Tollywood désigne l’industrie en langue bengali basée à Calcutta dans l’état du Bengale, Sandalwood désigne l’industre en langue kannada basée à Bangalore dans l’état du Karnataka. Encore une fois aujourd’hui, nous nous intéressons à un auteur et un film de langue tamoul, donc issus de l’industrie Kollywood basée à Madras dans l’état du Tamil Nadu.
Bon maintenant vous l’avez entendu, vous l’avez lu, la prochaine fois, il y a interro.
Détenteur de ces savoirs, notre référence es-cinémas indiens Logan Boubady* est à nouveau invité derrière nos micros pour parler de l’auteur-réalisateur-producteur Lokesh Kanagaraj et de son dernier film en date : Coolie, sorti fin août dans nos contrées (auparavant, le réalisateur a notamment signé trois immenses succès : Kaithi en 2019, Vikram en 2022 et Leo en 2023). Ultra attendu au pays d’Amitabh Bachchan et des pani puri, Coolie orchestre la rencontre de plusieurs vedettes des industries indiennes : Rajnikant en premier lieu, superstar septuagénaire issue de Kollywood, Upendra Rao de Sandalwood, Soubin Shahir de Mollywood ou encore Aamir Khan de Bollywood. Avec toute sa verve et sa folie du name-dropping, notre cher Logan tentera de nous donner la mesure de cet événement hors normes.
Sur ce dernier point et pour vous aider à vous y retrouver, chères auditrices, chers auditeurs, nous accompagnons ces émissions dédiées au cinéma indien de listes Letterbox, où vous pouvez retrouver les références des films cités.
Bonne écoute à toutes et à tous !
*Spécialiste du cinéma indien, ancien de Mad Movies et Mad Asia, auteur deCoup de lattes et luttes sociales à paraître chez Rififi Éditions, dédié à l’industrie Kollywood.
En octobre dernier, le tout jeune festival ARFF à Namur (Aaaargh Retro Film Festival) consacrait une rétrospective à l’œuvre de Christopher Smith en sa présence. À cette occasion, nous avons eu la chance de le rencontrer pour une longue interview carrière.
Auteur-réalisateur anglais né en 1972, Christopher Smith a été remarqué par les fantasticophiles dès son premier long-métrage Creep, sorti en 2004, dans lequel Franka Potente (Cours Lola cours) se retrouvait bloquée dans le métro londonien aux prises avec un tueur ermite et difforme. Deux ans plus tard, il revient avec Severance, réjouissant jeu de massacre où des collègues en plein team-building se retrouvent pris pour cible par des bidasses dégénérés.
Christopher Smith enchaîne ensuite avec deux de ses meilleurs films, le thriller horrifique Triangle(2009)et le film d’aventures médiévalesBlack Death (2010),deux opus sur lesquels il revient avec nous ici en détails. Après un stop par la case comédie familiale avec Get Santa (2014), il s’aventure en terres américaines pour le neo-noir Detour (2016) avant d’écrire et de réaliser coup sur coup deux nouveaux films d’épouvante, traversés de thématiques religieuses : The Banishing (2020) et Consecration (2023).
Avec générosité et érudition, l’auteur-réalisateur replace ses films dans leurs contextes de création et de production, évoque l’évolution de ses méthodes d’écriture, de son style, son dilemme entre auto-indulgence d’auteur et justesse narrative, et donne quelques clés sur les thématiques et figures qui traversent sa carrière.
Merci à Christopher Smith et aux équipes du 7ème Aaaargh pour avoir rendu cet entretien possible.
Comme notre visuel en atteste, ce numéro de septembre 2025 est consacré à la nano-sensation SIRÀT du réalisateur franco-espagnol Oliver Laxe. Un réalisateur dont c’est le 4e long-métrage et auparavant jamais abordé derrière ces micros. Et bien sûr la question vous assaille : mais pour quelle raison votre humble serviteur a-t’il programmé ce film ?
Soyons clairs, en matière d’art et donc de cinéphilie, la curiosité est une des plus grandes vertus. Subséquemment, jamais il ne faut mépriser les raisons qui suscitent l’envie de la découverte. Ceci étant dit, il existe quand même un motif particulièrement ridicule pour se hâter en salles obscures : la hype cannoise.
En effet quand – depuis une Croisette d’où le film est reparti le prix du jury ex-aequo – une pluie de retours dithyrambiques mentionnent un « trip hallucinant », « sensoriel » et « hypnotique », il faut bien se remémorer la nature des émetteurs : un bataillon de critiques assoupis en manque de sensations, pour une bonne partie desquels les rave-parties sont aussi exotiques et sulfureuses qu’une soirée chemsex pour Philippe de Villiers.
Quelques mois plus tard, il faut bien se rendre à l’évidence. Si les retours sur SIRÀT convoquent des références en tous sens (de John Ford à William Friedkin, de Michelangelo Antonioni à Werner Herzog), c’est peut-être parce que l’objet azimuté manque cruellement de tenue, sans toutefois être dénué de personnalité.
Alors comme souvent, voici un Transmission à contre-courant, qui ne souffle ni le chaud, ni le froid, mais tristement le tièdassou.
Un peu avant notre rentrée en bonne et due forme, l’équipe de Transmission a gardé une petite friandise dans sa besace.
En avril dernier, dans le cadre du Brussels International Fantasy Film Festival, nous avons réalisé deux interviews : une en vidéo avec Christophe Gans consacré au cinéma indien et une autre en audio avec la réalisatrice française Lucile Hadzihalilovic. Une artiste qui depuis la mi-temps des années 90 parvient miraculeusement à poursuivre son œuvre singulière dans les marges de l’industrie cinématographique européenne.
Vingt ans après son premier long métrage Innocence (2004), la réalisatrice retrouve Marion Cotillard, starifiée entre temps, pour une adaptation toute personnelle de La Reine des neiges d’Hans Christian Andersen. Après un parcours en festivals auréolé de lauriers (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique à Berlin, Narcisse du meilleur film à Neuchâtel), La Tour de glace sort dans les salles françaises le 17 septembre.
Merci à Lucile Hadzihalilovic et aux équipes du BIFFF.
Quelques semaines seulement après notre émission sur le cinéma indien en compagnie de Logan Boubady, nous voici de retour en terres plus familières avec un merveilleux épisode qui vous apporte à point nommé des éléments de réponse à ce débat qui agite les sphères cinéphiles : vit-on vraiment le Joachim Trier Summer comme l’annonçait fièrement le T-Shirt arboré par Elle Fanning lors du photocall cannois de Sentimental Value ?
En effet, à l’orée de l’été, trois transmetteurs ont pu découvrir un peu en avance Sentimental Value, dernier long métrage en date du norvégien Joachim Trier, un film très chaleureusement accueilli sur la Croisette en mai dernier et qui a valu le Grand Prix du Jury à l’auteur d’Oslo 31 août (2011) et de Julie en 12 chapitres (2021). Avant son probable succès public, c’est l’occasion pour nous de se pencher sur un cinéaste de plus en plus révéré sur la scène art et essai internationale.
D’Elle Fanning il sera de nouveau question en fin d’émission, où Julien Rombaux et Olivier Grinnaert refont le débat sur A Complete Unknown de James Mangold, avant quelques mots sur le 28 ans plus tard de Danny Boyle. Niveau production indienne, notre spécialiste maison Manuel Haas vous recommande la série Heeramandi: Les Diamants de la courde Sanjay Leela Bhansali sur Netflix… De quoi agrémenter l’oisiveté estivale.
00:00 – Intro 06:23 – SENTIMENTAL VALUE de Joachim Trier 31:22 – Conseils
Álex de la Iglesia est un réalisateur précieux. Ultra-populaire dans son pays, son cinéma a pourtant bien du mal à s’installer durablement dans les salles françaises. Si depuis ses débuts avec Action mutante, ses films avaient presque toujours bénéficié d’une sortie sur grand écran, les récents Messi, Mi gran noche et El Bar auront directement connu une exploitation vidéo ou en VOD. À l’instar d’autres grands cinéastes comme John Woo ou Stephen Chow dont les derniers films restent scandaleusement inédits sur notre territoire, le réalisateur ibérique ne semble plus bénéficier du même soutien des exploitants et distributeurs français depuis quelques années.
Inclassable et oscillant toujours avec bonheur entre différents genres sans jamais se reposer sur ses lauriers, le cinéaste espagnol pâtit aujourd’hui de la frilosité d’un système de distribution et de production français incapable de penser le cinéma au-delà de la Sainte-Trinité du cinéma d’action américain, de la comédie franchouillarde et du cinéma d’auteur labélisé art et essai. À l’exception de quelques passages éclairs en festival, c’est donc sur la plateforme Netflix que l’on peut désormais découvrir El Bar, et force est de constater qu’au-delà de ce mode de distribution inédit, la comédie noire d’Álex de la Iglesia tient bien plus du cinéma que nombre de films qui eux sortent chaque semaine dans nos salles.
Il était une fois
Madrid, 9 heures du matin, l’heure parfaite pour engloutir un bon café crème accompagné d’un churro, et voilà qu’un client rassasié est abattu à la sortie du bar. Confinés à l’intérieur, les autres habitués vont peu à peu voir tous leurs repères s’effondrer et la peur s’installer.
Le jour des morts-vivants
À l’instar de l’immeuble de Mes chers voisins, du grand magasin du Crime farpait, des arènes d’Un Jour de Chanceou de tant d’autres « set-up » en huis clos propres aux films d’Álex de la Iglesia, El Bar s’amuse de son cadre unique et anxiogène pour mettre à mal tous les repères établis de ses personnages et du spectateur. En jouant toujours la carte du film de genre, ici celui apparent du thriller mâtiné de survival, Álex de la Iglesia déconstruit avec bonheur et une ivresse communicative toutes les attentes pour accoucher au final d’un film d’une noirceur et d’une misanthropie inouïe, où le rire résonne comme un appel au secours. Si l’hypothèse d’une menace extérieure plane tout au long du film, entre conspiration et contamination, le mal, lui, est tapi au cœur même des personnages et de leurs peurs les plus intimes. Habituel lieu de socialisation, le café n’est plus ici un refuge mais le théâtre grimaçant d’une société schizophrène, où le masque de chacun des protagonistes finit par tomber ou se fissurer. Parabole sur un monde de plus en plus replié sur lui-même, où la peur se répand tel un virus, le film d’Álex de la Iglesia ne se dispense pourtant jamais de faire rire au-delà de la noirceur de son propos.
Retrouvailles
Beaucoup plus noir et désenchanté que le carnavalesque Mi gran noche qui renvoyait au Blake Edwards de The Party, El Bar ressemble à un film de Marco Ferreri mis en scène avec l’élégance décadente de Brian De Palma. Derrière l’exercice de style hitchcockien et la satire pointe toujours en filigrane l’amour d’un cinéaste pour les monstres à visage humain qui hantent tous ses films. Réunion d’habitués du cinéma d’Álex de la Iglesia, de la vétérane Terele Pávez au jeune premier Mario Casas, El Bar transpire l’amour du jeu d’acteur et de la comédie au sens le plus noble du terme.
Ange exterminateur
Dans cette lente descente aux enfers, où Álex de la Iglesia n’épargne personne, du hipster propre sur lui au sans-papier crasseux (excellent Jaime Ordóñez), seul le féminin semble faire office de vertu. Unique personnage à échapper un tant soit peu au jeu de massacre, la délicieuse Blanca Suárez (Mi gran noche) illumine le film de sa présence. Elle est la raison d’être du film, qu’elle porte sur ses frêles épaules du premier au dernier plan. Pour un cinéaste souvent qualifié de misogyne, il est pourtant assez paradoxal de voir qu’entre Les Sorcières de Zugarramurdi, Balada Triste et le sous-estimé Un jour de Chance, ce sont bien souvent les femmes qui servent l’émotion et l’humanisme de son cinéma face à la veulerie de ses anti-héros masculins.
Avec El Bar, Álex de la Iglesia offre une brillante relecture d’un genre souvent galvaudé faisant le pont entre le Buñuel de L’Ange exterminateur et le George Romero de La Nuit des morts-vivants. Alors VOD ou Blu-ray, quel que soit le format, laissez-vous contaminer par le cinéma d’Álex de la Iglesia avant de devenir un mort-vivant à votre tour.