Dernière Séance # 31

Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Jeudi 11 juin

La nouvelle est tombée ! Les cinémas ouvriront à nouveau leurs portes. D’abord le 22 juin en France, puis en Belgique dix jours plus tard, le 1er juillet. Outre la question des sièges à remplir, se pose celle des films à projeter. Soyons clairs, sans opération économique-politique-marketing d’envergure, un spectaculaire gadin attend très probablement les films distribués dans les quelques semaines meurtrières qui nous séparent du 22 Juillet (date de la sortie de Tenet de Christopher Nolan), et ce ne sont sûrement pas les 2% de population cinéphile qui se réjouissent de retourner dans les salles obscures en plein mois de juin qui changeront la donne. Si deux ou trois villes de l’hexagone se réjouiront des ressorties d’Elephant Man (1980) ou des Lèvres rouges (1971), la majorité des français pourront soit opter pour des choucroutes tricolores dont les débuts en salles ont été stoppés net en mars dernier (De Gaulle de Gabriel Le Bomin et La Bonne épouse de Martin Provost), soit deux productions Blumhouse déjà surexploitées en VOD lors du confinement (The Invisible Man de Leigh Whannell et The Hunt de Craig Zobel). Le plus plausible sera un dégel progressif jusqu’au 8 juillet et le premier succès probable post-confinement, celui du « film » de Jean-Pascal Zadi et John Wax Tout simplement noir, qui semble attendu (sans avoir la moindre piste d’explication de cet étrange phénomène). Si les belges seront mangés à peu près à la même sauce, la plus belle sortie étant une ressortie (Le Miroir d’Andreï Tarkovski – 1975), le 1er juillet verra aussi débouler en salles une vraie pelloche excitante, Monos d’Alejandro Landes, dont on a déjà parlé ici et que l’on se réjouit d’enfin découvrir.


Vendredi 12 juin

Il aura fallu attendre la fin du confinement pour que je profite un tant soit peu des « festivals en ligne ».

Ainsi, le Champs-Elysées Film Festival, dédié au cinéma indépendant français et américain, organise et met en ligne une masterclass en video-call () avec un invité de marque: Edgar Wright, dont on attend avec impatience Last Night in Soho. Sympathique et disert, l’auteur anglais y aborde entre autres sa méthode d’écriture, l’amour du genre qui distingue ses films de la satire et de la parodie, l’alternance entre tournage britanniques et américains, ou encore l’obsession pour le passé qui traverse son cinéma (thème qui sera encore exploité dans Last Night in Soho qui met en scène un voyage dans le temps).

Cette année, le prestigieux festival international du film d’animation d’Annecy se « déroule » lui aussi, en ligne jusqu’au 30 juin. Partenaire, Arte TV met en accès libre gratuitement (ici) sept courts-métrages issus de la compétition officielle. Un échantillon suffisant pour révéler une partie du territoire d’expérimentation formelle et dramatique intrinsèque à la discipline. La rédaction de Transmission a apprécié le montage parallèle astucieux de Kosmonaut de l’estonien Kaspar Jancis, ou encore le belge De Passant de Pieter Coudyzer, construit autour d’un mouvement latéral répétitif, dont l’utilisation narrative renvoie à l’univers vidéoludique.


Samedi 13 juin

Surtout connu pour ses activités de scénariste émérite pour certains des réalisateurs américains les plus prestigieux de ces dernières années (Forrest Gump – 1994 ; Révélations – 1999 ; Munich – 2005 ; L’Étrange histoire de Benjamin Button – 2008), Eric Roth s’est lancé dans la production pour la télévision en 2011 avec Luck (série onéreuse de Michael Mann sur le monde des courses hippiques), suivie en 2013 d’House of Cards, la première série chapeautée par David Fincher. Pour son premier long-métrage à ce poste, Eric Roth fait de nouveau équipe avec le réalisateur de The Social network (2011) pour Mank, dans lequel Gary Oldman interprète Herman Mankiewicz, scénariste lui aussi, auteur entre autres du script de Citizen Kane (1941). Dans une interview avec la chaîne Pardon My Take, le producteur annonce : “David Fincher did a black-and-white ’30s movie. It looks like a ’30s movie and feels like one.”. Une promesse qui réveille le souvenir du projet avorté de David Fincher d’adapter Le Dahlia noir de James Ellroy en noir et blanc.

En partie inspiré par la biographie parue en 1978 écrite par Richard Meryman collaborateur de Life Magazine, le scénario de Mank a été rédigé par Jack Fincher, père de David et journaliste d’investigation ayant longtemps travaillé lui aussi pour Life. Changement notable pour David Fincher qui a travaillé avec le chef opérateur Jeff Cronenweth sur ses trois longs-métrages précédents, la photographie de Mank est signée Eric Messerschmidt, rencontré sur le tournage de la série Mindhunter. Après un détour par les festivals de la rentrée, Mank sera attendu en octobre sur Netflix et, croisons les doigts, dans quelques bonnes salles.


Lundi 15 juin

Plus facilement que l’Histoire officielle, l’Histoire du cinéma (certes jeune de 125 printemps) n’en finit pas d’être revue, ré-établie, raturée, corrigée, restaurée. Dans les sphères cinéphiles francophones d’aujourd’hui, à l’heure du centenaire de sa naissance, Alberto Sordi fait de l’ombre à Vittorio Gassmann et Ugo Tognazzi au rang des acteurs italiens mythiques de la seconde moitié du 20ème siècle (Marcello Mastroianni étant fuori concorso). Pourtant vastement ignoré en francophonie lors du temps fort de sa carrière (la critique Anne Dessuant écrit de lui à l’occasion d’une rétrospective qui lui est consacrée au festival de La Rochelle en 2016 : « Expliquer Alberto Sordi à un français relève du défi tellement son italianitude fait écran »), l’acteur est une légende dans son pays natal, grâce notamment à un accent romain intraduisible, qu’il a pratiqué assidûment du début des années 50 chez Federico Fellini dans Le Cheick blanc en 1952 et I Vitelloni en 1953, et jusqu’à la fin des années 70 avec Le Grand embouteillage de Luigi Comencini en 1979. Il semblerait donc que le temps ait fait son office et que cet acteur pourtant si typé ait en fin de compte su pratiquer la magie nécessaire à la traversée des époques, pour finalement percer les cœurs des spectateurs modernes.

Si mon italien est à peu près aussi bon que celui de Brad Pitt dans Inglorious Basterds (2009), j’ai été conquis par la découverte récente des chefs d’œuvres portés par ce comédien joufflu, incarnation idéale d’un homme du peuple lâche et pathétique, capable néanmoins de splendides éclats de dignité. Il Boom de Vittorio de Sica, L’Argent de la vieille de Luigi Comencini et surtout Une Vie difficile de Dino Risi sont absolument immanquables, d’autre part, Studio Canal a ressorti il y a quelques mois Il Maestro Di Vigevano d’Elio Petri dans la collection Make My Day !.


Mardi 16 juin

L’information n’est pas neuve, mais apparemment Vincent Gallo vend son corps et sa semence sur son site web personnel. Acteur parfois brillant, réalisateur de 3 longs métrages, un très bon (Buffalo’66 – 1998), un très mauvais (The Brown bunny – 2003) et un très perdu (Promises written in the water – 2010), l’artiste Vincent Gallo voue son œuvre à pousser le narcissisme à son point limite. La page en elle-même est proprement hallucinante : toute femme qui le souhaite peut se faire inséminer par le sperme de Vincent Gallo contre la modique somme d’un million de dollars (réductions pour les descendantes des soldats allemands du milieu du 20ème siècle et celles qui peuvent prouver qu’elles sont de vraies blondes aux yeux bleus). D’autre part, l’insémination peut se faire de manière naturelle mais seulement après sélection sur photo. Dans ce cas, si Monsieur Gallo accepte, il pratique une réduction de 50%. Toutefois, il met les intéressées en garde, se référant à la fameuse scène de fellation de son film de 2003 : « Les clientes potentielles sont encouragées à regarder la scène polémique de The Brown Bunny afin de s’assurer qu’elles peuvent s’accommoder de ma personne. Les clientes qui douteraient seraient inspirées de s’entraîner avec une prothèse inhabituellement épaisse et volumineuse avant de me rencontrer. Vous pourriez être surprise par ce que vous pouvez tolérer et combien c’est agréable. » Inattendu, mais Vincent Gallo est ainsi propulsé au premier rang pour reprendre le rôle jadis tenu par Shintaro Katsu dans la trilogie Hanzo The Razor (1972-73-74). Pour les néophytes, Hanzo est un détective qui interroge les suspectes féminines à l’aide de son pénis géant. D’abord réticentes, les méchantes avouent leurs crimes après le début des ébats, suppliant Hanzo de ne pas interrompre le coït.


Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

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