Chères auditrices et auditeurs cinéphiles. Confusion des sorties salles et streaming, non-événements en pagaille, fermetures des salles aux États-Unis, croisette ennuyeuse à crever, avalanche de compétitions sportives qui nous préfigurent un été dénué d’excitation pelliculée… Ce début d’année 2024 est un Wasteland cinéphile, une période de bouleversements, où les cartes sont abattues et les repères éclatés. Heureusement qu’une bonne vieille comédie française bien consensuelle est là pour remplir les salles, il y a quand même des socles sur lesquels on peut toujours compter !
Programme évocateur, rempli d’anomalies : Adagio nouveau film du cinéaste Stefano Sollima, film noir en cinémascope majestueux, à la photographie tranchante, d’un sens de l’espace ahurissant au service d’une construction dramatique exigeante sort…directement sur une plateforme de streaming. Le tout dans une indifférence quasi totale alors même que tous les cinéphiles bien portants devraient l’attendre comme loups aux abois. Contre exemple parfait de Hit Man, film mineur et peu personnel du sympathique Richard Linklater, véhicule pour son acteur vedette Glen Powell, au style télévisuel en diable et qui lui, par contre, a droit à une sortie salles certes discrète.
Et bien sûr, le phare dans la nuit, Furiosa, œuvre dantesque qui écrase toute la concurrence. Film de 2h30 d’une densité thématique intimidante (d’où parfois la confusion des transmetteurs, vous nous en excuserez), ce nouvel opus magnum de George Miller témoigne de la vigueur juvénile d’un auteur unique et irremplaçable affichant 79 ans au compteur. Dernière anomalie, et non des moindres, ce morceau de cinoche ultra généreux qui certes, n’est pas une relecture de Fury Road, peine à rencontrer un public qui semble vouloir encore et toujours plus de la même chose. Pour les cinéphiles aussi, l’incendie est à nos portes, toutes les boussoles sont détraquées, mais on peut toujours se raccrocher à un soupçon d’espoir au milieu du chaos. Bonne écoute à toutes et à tous !
Mais où sont les Transmetteurs ? Que leur arrive-t-il ? Le schisme autour du film de Jonathan Glazer les aurait-il achevés ? Pourquoi nous laisser sans nouvelles, orphelins, obligés de se rabattre sur l’offre pléthorique de podcasteurs ciné plus séduisants, plus réguliers, mais hélas sans aucun équivalent avec la finesse de l’analyse des joyeux lurons et leur cocktail d’accents non identifiés.
L’explication, nous vous la devons, innombrables auditeur.rice.s de qualité. Hélas, nous ne pouvons nous sustenter de notre table ronde cinéphile, fusse-t-elle la meilleure de toute la francophonie. Il suffit que certains d’entre nous aient une vie professionnelle plus agitée qu’à l’accoutumée pour que la machine s’enraie et nous voilà incapables de tenir le rythme mensuel auquel nous nous étions tenus jusqu’alors. Par ailleurs l’entrée dans le désert de sorties pré-cannois, ne sur-stimule guère les infimes possibilités d’arracher quelques heures à nos vies trépidantes pour voir, analyser et commenter les pelloches en salles. D’autres formats sont envisagés, mais la lenteur propre à notre ADN et antithétique avec le rythme de l’information moderne nous frappe.
Qu’importe finalement, car c’est bien une émission nouvelle qui accompagne cette missive ! Un numéro qui nous voit encore nous déchirer autour du plus gros morceau du programme, le curieusement nommé Le Mal n’existe pas de Ryusuke Hamaguchi. Plus prompts à orienter vos soirées VOD, nous parlons aussi ici de deux films sortis de l’affiche, l’anecdotique Drive-away dolls d’Ethan Coen et l’injustement déprécié Black Flies / Asphalt city du réalisateur français exilé aux Etats-Unis Jean-Stéphane Sauvaire. Ceci étant dit, comptez sur nous pour revenir avant l’été, il y a un petit action movie intitulé Furiosa bientôt sur les écrans qui méritera sans doute que nous nous y attardions…
00:00 – Intro 06:34 – DRIVE-AWAY DOLLS de Ethan Coen 16:23 – ASPHALT CITY Jean-Stéphane Sauvaire 30:47 – LE MAL N’EXISTE PAS de Ryusuke Hamaguchi 45:55 – Conseils
Début mars 2014, Bill Plympton était à Bruxelles pour la promotion de son nouveau film Les Amants électriques(Cheatin’) au festival Anima. Après une masterclass marathon de plus de six heures, le réalisateur de L’étrange lune de miel nous a accordé un long entretien. De Tex Avery à Windsor Mc Cay en passant par James M.Cain et Katsuhiro Otomo, il est revenu avec nous sur l’élaboration de son dernier film et ses multiples sources d’inspiration.
Quelle fut la première idée à l’origine de la création des Amants électriques ?
Il s’agit d’une histoire que j’ai eu avec une femme à la fin des années 90, une grande histoire romantique qui s’est terminée de manière passionnelle sous un torrent de cris et de larmes. Nous en étions venus à nous détester même si nous ne pouvions cesser de faire l’amour. Ce sentiment mêlé d’amour et de haine qui peut vous envahir dans ces moments-là me semblait un point de départ intéressant pour une histoire.
Les Amants électriques est un long métrage moins ironique et violent que vos précédentes réalisations. Vous assumez complètement la nature mélodramatique de cette histoire d’amour.
De nombreuses critiques qui m’ont été formulées à propos de mes précédents longs métrages concernaient le manque d’épaisseur de mes personnages et les ressorts comiques et violents qui sont devenus ma marque de fabrique. Avec ce nouveau film, j’ai voulu construire une histoire qui se repose plus sur ses personnages que sur une succession de gags. Je voulais que le public puisse s’identifier à eux. Les Amants électriques n’est pas une comédie mais plutôt un film de personnages.
Après Idiots and Angels, Les amants électriques est votre second long métrage sans dialogue, est-ce une nouvelle évolution de votre style ?
Oui, je préfère raconter des histoires sans avoir recours à des dialogues. C’est une forme que j’ai expérimentée depuis longtemps avec mes nombreux courts-métrages et qui me semble aujourd’hui plus naturelle. Tout comme Idiots and Angels, Les amants électriquesest un film poétique, et les spectateurs doivent avant tout se concentrer sur les sentiments des personnages plutôt que sur le sens des dialogues. Je n’ai d’ailleurs jamais été très doué dans l’écriture des dialogues, c’est quelque chose qui me semble toujours très laborieux. En tant que réalisateur indépendant, l’absence de dialogue permet également à mes films de voyager et de se vendre à l’étranger bien plus facilement et d’économiser beaucoup de frais liés au doublage et à la synchronisation des dialogues.
La musique joue cependant un rôle de premier plan.
Nicole Renaud a composé 75% de la musique du film. J’aime beaucoup la tonalité nostalgique de sa partition. Les amants électriques est un film habité par la nostalgie, celle des années 50, entre voitures rétros et coiffures vintages. Il s’en dégage une atmosphère de film noir que la musique de Nicole souligne à merveille. Sa musique nous plonge au cœur même des tourments des personnages.
Vous utilisez aussi de la musique d’Opéra
Oui, le Libiamo Ne’ lieti Calici de la Traviata de Giuseppe Verdi ainsi que le Cancan de l’Orphée aux enfers de Jacques Offenbach. J’aime beaucoup les passions tourmentées qui sont au cœur de l’Opéra. La partition des Amants électriques devait refléter ce même type de sentiments exacerbés.
Autre changement dans votre style, vous utilisez pour la première fois la peinture à l’eau pour donner vie aux couleurs du film.
Il ne s’agit pas vraiment de peinture à l’eau car nous avons eu recours aux logiciels After Effects et Photoshop qui offrent un rendu très satisfaisant. Sans ces logiciels nous n’aurions pas pu obtenir le résultat que je souhaitais, car la peinture à l’eau se prête assez peu à l’animation et les délais de production auraient explosé.
Votre trait est aussi plus affirmé, plus expressionniste et rappelle celui du peintre français Georges Rouault ou certaines aquarelles de Jean-Michel Folon.
J’aime beaucoup les styles distincts de Georges Rouault et de Jean-Michel Folon mais ma référence principale était le film noir, et son atmosphère sombre et mystérieuse. Je suis un grand admirateur des romans de James M. Cain et des adaptations cinématographiques qui en ont été tirées, d’Assurance sur la mort au Facteur sonne toujours deux fois. Ses histoires étaient remplies d’amants qui s’entre-tuaient et semaient la mort autour d’eux, je voulais retrouver ce sentiment avec Les amants électriques.
Le personnage de Jake est une combinaison de Marlon Brando, Tom Hardy et de vous-même mais quel fut le modèle du personnage de Ella ?
Je me suis inspiré en partie de l’actrice Linda Darnell mais Ella est surtout le fruit de mon imagination, une vision fantasmée et fantasmatique de la femme idéale, avec ses jambes effilées, ses larges épaules et ses cheveux longs.
Une grande partie de vos films sont des comédies, mais depuis Idiots and Angelsle paysage semble s’être obscurci, vous prenez plaisir à jouer avec des thématiques plus sombres ou est-ce le reflet d’un Bill Plympton en proie à ses propres démons ?
Malgré son atmosphère noire et anxiogène, Idiots and Angels était encore une comédie. Le concept d’un tenancier de bar prêt à faire exploser tous les bars des alentours pour accroître sa clientèle était une pure idée de comédie, de parodie déjantée du capitalisme, à la manière du très réussi Loup de Wall Street de Martin Scorsese.
Cet aspect parodique et satirique se retrouve également dans votre style visuel, vous aimez beaucoup violenter et enlaidir vos personnages, leurs yeux et leurs visages prennent souvent des formes inattendues. Par exemple dans Eat on assiste même à un véritable tsunami de vomi de la part d’un des clients du restaurant.
Enfant, j’ai beaucoup été marqué par les dessins animés de Tex Avery et de Chuck Jones qui étaient extrêmement violents, et j’ai voulu accentuer à mon tour cette violence en la rendant encore plus surréaliste et exagérée. Je pense que ce traitement de la violence est un ressort comique qui est aujourd’hui devenu une de mes marques de fabrique. Je suis également un grand amoureux de cinéma d’animation japonais et de tous les monstres qui peuplent le cinéma de l’archipel. Je reste un admirateur des films de Katsuhiro Otomo et de Hayao Miyazaki.
Vous avez aussi souvent recours au grand angle pour accentuer ce traitement
L’animation est ouverte à toutes les possibilités, nous ne sommes pas soumis aux mêmes restrictions que le cinéma traditionnel. Le grand angle me permet de jouer avec les perspectives, de tricher avec la réalité en la distordant et d’accentuer ainsi la dramaturgie des scènes. J’aime construire ma mise en scène sur une multiplication des points de fuite là où d’autres cinéastes se limitent trop souvent à deux points de fuite.
Votre cinéma est toujours ancré dans une forme de quotidien au sein duquel le fantastique surgit sans crier garde.
Là aussi il s’agit d’un véritable jeu d’influence qui commence peut être avec La quatrième dimension, Tex Avery, Bob Clampett ou Windsor Mc Cay.
Vous avez d’ailleurs participé à la restauration du chef d’œuvre de Windsor Mc Cay The Flying House qui préfigure Là-haut de Pete Docter.
L’œuvre de Windsor Mc Cay (Little Nemo) a eu une grande influence sur moi et je souhaitais réhabiliter son travail aux yeux d’un large public. C’est un des plus grands génie du cinéma d’animation et je ne voulais pas que ses films soient la seule chasse gardée des archivistes et des rats de cinémathèque. J’ai découvert il y a un peu plus cinq ans The Flying House qui était présent sur une VHS aux côtés de ses plus grands classiques et je suis tombé amoureux du film. La carrière de Mc Cay dans le domaine de l’animation a été brisée après ce film car son patron William Randolph Hearst trouvait que ce dernier négligeait trop son travail de dessinateur et de caricaturiste au profit de l’animation. Serge Bromberg a fourni la copie digitale du négatif original et la restauration a été en partie financée par une campagne Kickstarter. J’ai fait coloriser chaque image en respectant la charte graphique de couleurs utilisée par Mc Cay sur ses bandes dessinées et sur son adaptation de Little Nemo. Nous avons également enregistré les voix de Patricia Clarkson et Matthew Modine pour donner vie aux deux protagonistes et ainsi pouvoir effacer les bulles que Mc Cay avait utilisé pour pallier à l’absence de son. J’ai perdu de l’argent dans cette bataille mais ce fut une belle aventure.
Vous avez également débuté votre carrière en tant que dessinateur de bande dessinée et de caricatures politiques dans de nombreux magazines mais lorsque vous avez débuté votre travail dans l’animation vous avez abandonné ce versant politique de votre travail.
Mes caricatures étaient en phase avec l’actualité du moment et mon travail dans l’animation doit lui s’inscrire dans le long terme. La production d’un long métrage dure de longs mois et je ne peux pas me permettre de me focaliser sur un sujet d’actualité qui sera devenu obsolète au moment de la sortie de mon prochain film. Les politiciens changent à chaque élection et je souhaite que la carrière de mes films ne soit pas limitée à un seul mandat. Je veux que mes films soient toujours aussi amusants et divertissants dans plus de 50 ans. Si j’avais fait un film sur Georges Bush, personne n’en n’aurait voulu et il serait déjà passé aux oubliettes.
Vous êtes crédité en tant que scénariste, réalisateur, monteur et producteur au générique de vos films mais ce n’est qu’une partie de votre travail.
Je m’occupe également du storyboard, du « character design », des arrières plans, du choix des couleurs, de la promotion et de la vente. J’adore le processus de création dans son ensemble. Il y a quelque chose de très gratifiant à être présent du début à la fin et d’aller à la rencontre de mon public. L’étape de création qui me plaît le plus reste toujours le travail sur les ombres, c’est là que le dessin prend réellement vie sous mes yeux.
Depuis Idiots and Angels vous êtes devenu le père d’un petit garçon, est-ce aujourd’hui une source d’inspiration dans votre travail ?
Être devenu père m’a rendu plus sélectif dans le choix de mes projets car je ne peux plus rester aussi longtemps chevillé à ma table de dessin. Peut-être que le nombre de films que je vais réaliser dans le futur sera moins important, mais je crois aussi que cet événement m’a aussi rendu plus sensible et m’a ouvert de nouvelles perspectives. Bien que cela n’ait rien à voir avec la naissance de mon fils, je caresse depuis quelques temps le projet d’un film pour enfant, mais rassurez-vous je vais continuer à faire des films pour adultes.
Gravity est votre film préféré de l’année dernière, en tant que réalisateur ayant œuvré dans le domaine de l’animation et du cinéma traditionnel, comment appréhendez vous cette révolution technologique ?
Gravity est un film merveilleux, qui vous emmène très loin dans l’espace et ne vous relâche jamais. Il s’agit d’un film qui doit tout aux talents de ses animateurs et de son metteur en scène mais je dois aussi avouer que je préfère ma table de dessin et mon petit studio. La fabrication artisanale de mes films m’autorise de nombreuses erreurs, de nombreux tâtonnements qui font partie intégrante de mon processus de création. Ce travail de recherche à moindre coût m’offre une réelle liberté que je ne pourrais retrouver au sein d’une telle machinerie.
Pouvez-vous nous parlez de votre prochain film intitulé Revengeance et de votre participation aux anthologies The Prophet et Abc of Death 2 ?
Ma participation à The Prophetet Abc of Death 2 est terminée. The Prophet est un projet développé par Roger Allers, le réalisateur du Roi Lion. Mon segment s’intitule Eating and Drinking. Je me suis également beaucoup amusé sur Abc of Death 2, on m’a confié la lettre « H », mon court métrage s’intitule Head Game en hommage au film japonais Mind Game. Le sujet n’a cependant pas grand-chose à voir avec le chef d’œuvre de Masaaki Yuasa, il s’agit d’une idée que j’avais depuis très longtemps de deux têtes en train de se battre. Je dois également terminer un faux documentaire sur la carrière avortée d’Adolf Hitler dans le cinéma d’animation (Hitler était un fan absolu de Blanche neige et les sept nains). Nous allons commencer le travail d’animation sur Revengeance cet été, ce sera une coréalisation avec Jim Lujan qui est un très grand réalisateur d’animation. J’aime beaucoup son travail, il se chargera de l’écriture et nous nous occuperons tous les deux de l’animation. A contrario de Idiots and Angels et des Amants électriques le film comportera des dialogues.
Interview réalisé au festival Anima par Manuel Haas pour le Passeur critique
Chères auditrices, chers auditeurs, voici l’émission de tous les dangers.
Partis au front, les camarades Grinnaert, Haas et Halflants jouent les funambules entre leurs attentes personnelles, leur idéal de Cinéma, et une honnêteté nécessaire lors de la découverte des deux morceaux de choix dont ils débattent aujourd’hui.
DANS L’OMBRE DE FERRARI
Tu le sais chère auditrice, cher auditeur: Michael Mann est l’un de nos cinéastes-héros. En octobre 2021, nous avons largement couvert la sortie du livre que Jean-Baptiste Thoret lui a consacré*, enregistrant pour l’occasion une émission fleuve de plus de deux heures. Après la découverte conjointe de Ferrari, son nouvel opus attendu depuis huit ans au festival de Gand il y a quelques mois, nous étions tous trois sortis circonspects. Depuis, le temps a fait son office, certains ont revu la bête, et nous voici à même de débattre du film plus sereinement, une fois accompli le deuil du fameux « film que nous aurions voulu voir ».
L’ENVERS DU DÉCOR
En deuxième partie d’émission, c’est un double exercice périlleux qui nous attend autour de The Zone of interest de Jonathan Glazer, un cinéaste qui, contrairement au précédent, nous divise. Très éloigné du Cinéma que nous avons pris pour mission de défendre, les transmetteurs doivent ici traiter d’un film froid et cérébral, qui entretient volontairement des liens complexes avec le spectateur sur un sujet sensiblissime, et pour compliquer l’affaire, le débat est ici contradictoire (soit d’ordinaire prétexte aux vacheries et autres blagues pachydermiques).
La balle est dans ton camp, chère auditrice, cher auditeur. À l’écoute, sortons-nous grandis de cet aller-retour sur la corde raide ?
Chères auditrices et chers auditeurs cinéphiles , ce premier numéro de 2024 commence par l’annonce d’une liste de 10 films sortis en 2023 que nous retiendrons collectivement et qui ont fait notre carburant cinéphile lors des 12 mois passés.
En bonne place dans cette liste, le fabuleux La Sociedad De La Nieve / Society of the snow de J.A. Bayona, évoqué en détails en dernière partie d’émission. Fait rare, le film récolte non seulement un consensus positif autour de la table, mais certains des rédacteurs tentent de transmettre la sensation grisante d’avoir découvert une œuvre inépuisable, auprès de laquelle ils reviendront à de multiples reprises au cours de ce qui leur reste de vies de cinéphiles. Sorti dans quelques salles belges lors des derniers jours de décembre, le film est disponible sur Netflix depuis le 4 janvier.
Pour le reste, nous abordons trois œuvres qui font/ont fait l’actualité des salles obscures en ce début d’année. Du côté des auteurs plutôt appréciés dans nos rangs, on compte le beau Monsterd’Hirokazu Kore-Eda et le curieux May December de Todd Haynes. Du côté de ceux qu’on aime moins, nous débattons bien sûr du succès de ce début d’année, le tonitruant Pauvres Créatures de Yorgos Lanthimos. Pour le reste de 2024, et malgré nos vies palpitantes, nous tenterons de rester présents au mois mensuellement et pourquoi pas de proposer de nouveaux formats. Bonne année et bonne écoute à toutes et à tous !
NB : Les transmetteurs ce sont rencontrés autour d’un site web cinéphile défunt appelé Le Passeur Critique. Aujourd’hui, Cyrille Falisse, l’ex créateur et rédacteur en chef de ce site publie son premier roman aux éditions Belfond, Seuls les fantômes. Cyrille sera en dédicace à la librairie Flagey le 15 février et nous y serons aussi ! Félicitations à lui.
Nos 10 films pour 2023
TAR de Todd Field THE FABELMANS de Steven Spielberg DERNIERE NUIT A MILAN d’Andrea Di Stefano LE GARCON ET LE HERON d’Hayao Miyazaki LA SOCIEDAD DE LA NIEVE de J.A Bayona KILLERS OF THE FLOWER MOON de Martin Scorsese ALL THE BEAUTY AND THE BLOODSHED de Laura Poitras ARMAGEDDON TIME de James Gray MISANTHROPE de Damian Szifron THE KILLER de David Fincher
00:00 – Intro & Top ciné 2023 07:28 – POOR THINGS de Yorgos Lanthimos 19:52 – MAY DECEMBER de Todd Haynes 31:49 – MONSTER d’Hirokazu Kore-Eda 41:46 – SOCIETY OF THE SNOW de J.A Bayona 01:00:05 – Conseils
Quand le vrai maestro manque à l’appel. À première vue, le menu festif de cet épisode tardif de 2023 pourrait manquer d’un plat de résistance. Allégorie bien lourdaude pour un film pimpant que nous pourrions placer en tête de gondole.
Initialement prévu pour tenir ce rôle, le gargantuesqueLa Sociedad de la Nieve de Juan Antonio Bayona a dû être retiré du programme en dernière minute car sorti uniquement dans trois salles belges dont aucune bruxelloise. Rattrapé depuis, nous en chanterons les louanges dans les premiers temps de 2024, en concomitance avec sa mise en ligne sur Netflix (4 Janvier). Voilà, on a raté notre dinde.
En attendant, rabattons-nous sur le reste du gueuleton. En apéritif, Maestro le biopic de Leonard Bernstein non fait par Martin Scorsese puis non fait par Steven Spielberg, échoit donc à un Bradley Cooper méritant. Un bel effort, de l’avis général. Très vite les choses se compliquent. À la manière d’un primi piatti, l’entrée transalpine est un peu lourde. Trop dispersé dans ses intentions, L’Enlèvement de Marco Bellochio est resté sur l’estomac de certains transmetteurs. Œuvre américaine inespérée et inattendue d’une gloire cinéphile du tournant 80’s/90’s, Silent Night est donc le premier film signé John Woo qui parvienne jusqu’à nos salles depuis Les 3 Royaumes en 2008. Quinze ans après, le dessert du jour en écœure franchement certains tandis que d’autres y trouvent leur compte de sucre.
Pris dans les affres du quotidien, entre jobs aliénants et descendance à ne pas nourrir après minuit, les transmetteurs s’accrochent encore et encore à leur volonté 100% humaniste de produire régulièrement ces émissions croquignolesques dont nous savons que vous ne pouvez vous passer. Aujourd’hui, votre bien aimé animateur régulier malheureusement retenu, Manuel Haas est allé au-delà de sa timidité maladive pour pallier à son absence et endosser le rôle de Master Of Ceremony.
Au programme nous avons inscrit VINCENT DOIT MOURIR, le 1er film de Stephan Castang précédé d’une excellente réputation et raison principale de l’équipe pour enregistrer coûte que coûte. En deuxième partie d’émission nous vous parlons du NAPOLÉON de Ridley Scott et surprise, bien que porté par une bande annonce qui provoquait des éclats de rires incontrôlés, il semblerait que ce gros biopic onéreux soit un des films les plus intéressants livrés par le réalisateur d’ALIEN et G.I. JANE depuis belle lurette.
En attendant de se retrouver plus longuement avec plus de films et plus de monde derrière les micros, nous vous souhaitons de bonnes écoutes à toutes et à tous.
Un programme pareil, j’aurai pu difficilement en rêver (et mes rêves ressemblent plus à ceux de Satoshi Kon qu’à ceux de Christopher Nolan).
Ma génération de cinéphiles a découvert Martin Scorsese à l’orée des années 90, quand il enchaînait Les Affranchis (1990) et Les Nerfs à vif (1991). Le temps était encore à la flamboyance du style et la carrière a de nouveau tutoyé les sommets depuis. J’ai suivi étape par étape l’idylle avec Leonardo Di Caprio et depuis Silence (2016), j’assiste à cette nouvelle et semblable dernière partie de carrière où l’engourdissement d’un corps usé semble transparaître sur l’œuvre. L’ensemble du tableau n’en sera-t-il pas encore plus passionnant ? Y-a-t ’il ne serait-ce qu’un seul mauvais film depuis 33 ans ? Allez, même la photographie et la musique de Kundun (1997) sont à tomber par terre.
Ma génération de cinéphiles a découvert David Fincher sans le savoir, exposé sans filtre ni relâche aux clips de Freedom!90 ou de Who Is It. J’ai connu son baptême du feu pour un opus problématique et pourtant loin d’être honteux d’une franchise spatiale adorée, avant de suivre là aussi, plusieurs parties de carrière, du coup d’éclat séminal Seven (1995) jusqu’à son idylle avec Netflix, en passant par la complexité investigatrice de Zodiac (2007) ou la maestria retorse de Gone Girl (2014). Allez, même si The Curious Case Of Benjamin Button (2008) pèche par excès de miel, rien que la séquence dans l’hôtel russe de Murmansk est un sommet du romantisme pelliculé des années zéro.
Ma génération de cinéphiles a découvert Hayao Miyazaki au tournant des années 2000, quand trois ans après le Japon, l’épopée Princesse Mononoke terrassait nos imaginaires de son pouvoir de fascination esthétique et thématique. Les plus chanceux avaient pu suivre Jean-Pierre Dionnet dans son geste kamikaze de distribution de Porco Rosso et les plus téléphages se rappellent la série animée canine Sherlock Holmes des années 80. Depuis 25 ans, l’auteur annonce chaque film comme son dernier et je découvre chaque nouvelle œuvre sur le fil, comme un miracle finalement accompli, sans être à l’abri d’une possible pointe de déception. Allez, si à l’instar de Toshio Suzuki, je n’aime pas trop Ponyo sur la falaise (2008), la course poursuite avec la gamine courant sur les vagues c’est le bonheur à 24 images seconde.
Dans Transmission, nous parlons aujourd’hui de Killers Of The Flower Moon de Martin Scorsese, de The Killer de David Fincher et du Garçon et le Héron d’Hayao Miyazaki, et c’est un programme qui a une gueule de porte bonheur.
00:00 – Intro & Quizz ciné 05:01 – KILLERS OF THE FLOWER MOON de Martin Scorsese 24:22 – THE KILLERde David Fincher 36:43 – LE GARCON ET LE HÉRON de Hayao Miyazaki 46:43 – Conseils
Alors qu’aux premiers temps de Transmission nous nous forcions à les programmer, depuis la rentrée nous avons traité de 4 films français sur 6 films. Hasard de calendrier ou mouvement de fond, notons que sur ces 4 œuvres hexagonales, 3 sont réalisées par des cinéastes issus d’une génération encore assez précoce : Yann Gozlan est né en 1977, Justine Triet en 1978 et Thomas Cailley en 1980. Mais contrairement à un Christophe Honoré ou un François Ozon de triste mémoire, aucun de ces quatre films n’a été programmé par dépit ou pour faire du remplissage. Palme d’Or intrigante pour Justine Triet bien sûr, véritable intérêt pour la carrière de Yann Gozlan, promesse d’un fantastique soigné par Thomas Cailley ou exercice de style attrayant pour Cédric Kahn, un cinéaste ici vétéran dont nous avions pourtant peu apprécié La Prière en 2018. À noter que notre attrait pour Le Procès Goldman est renforcé par la présence au générique d’Arthur Harari, vrai auteur à suivre (Diamant noir et Onoda ), co-scénariste d’Anatomie d’une chute et excellent orateur poil à gratter dont on se rappelle la saillie lors de la réception de son césar pour le scénario d’Onoda (la préférant même à celle plus commentée de sa compagne sur la Croisette il y a quelques mois). Comme Arthur Harari le souhaitait alors avec une sympathique effronterie, le cinéma français est-il en train de prendre quelques risques bienvenus pour tenter d’échapper à la normalisation forcenée ? Outre Le Procès Goldman et Le Règne animal, nous parlons aussi aujourd’hui de The Creator du britannique Gareth Edwards, proposition yankee à 80 millions de dollars non issue d’une franchise existante (même si le film peine à échapper à ses références et à un sentiment de déjà-vu). Si on y réfléchit, et même si aucun de ces trois films n’est grand, voilà un programme qui souffle un petit air frais. Bonne écoute à toutes et à tous.
00:00 – Intro & Quizz ciné 04:21 – THE CREATOR de Yan Gozlan 17:48 – LE PROCÈSGOLDMAN de Cédric Khan 30:26 – LE RÈGNE ANIMAL de Thomas Cailley 43:03 – Conseils
Notre rapport à la filmographie de Juan Antonio Bayona c’est un peu comme des montagnes russes, (avec des hauts très hauts et des bas très bas). Après nous avoir fait pleurer d’émotion (The Impossible – 2012 ; Quelques minutes après minuit – 2016) il nous aura fait pleurer de désespoir (Jurassic World 2: Fallen Kingdom – 2018 ou son travail sur la série AmazonLe Seigneur des anneaux en 2022).
D’après les premiers retours, il semblerait que l’auteur-réalisateur espagnol retrouverait le haut des cimes avec son nouveau long métrage La Société des neiges. Le film relate la survie des membres de l’équipe de rugby uruguayenne au cœur de la cordillère des Andes après le crash de leur avion en 1972. Alors oui, si le même récit de survie a inspiré un film de Frank Marshall avec Ethan Hawke en 1993, il s’agit cette fois d’une adaptation du récit de Pablo Vierci, camarade d’école des survivants, qui raconte l’histoire du point de vue des protagonistes. Acheté par Netflix pour la distribution, il sera mis en lignes dans les semaines à venir. L’équipe de Transmission a rencontré Juan Antonio Bayona au Brussels International Festival of Fantasy Film en avril dernier pour le questionner sur son approche émotionnelle dans son travail de cinéaste ainsi que son travail sur ce nouveau film.