LES DIABLES : L’ ÉVANGILE SELON SAINT KEN RUSSELL

Depuis plus de cinquante ans, Les Diables, réalisé par le Britannique Ken Russell en 1971, traîne derrière lui une réputation d’œuvre sulfureuse, effrontée et, surtout, mutilée. Des segments significatifs ayant été retranchés au fil des ans, une version fidèle aux intentions de son auteur semblait bel et bien perdue. Pataugeant des décennies dans les limbes du répertoire de la Warner, une version uncut des Diables devint au fil du temps un pur fantasme cinéphile. 

En mai dernier, une copie restaurée en 4K, présentée comme fidèle aux volontés de Ken Russell (décédé en 2011), est projetée en grande pompe au Festival de Cannes. Grâce soit rendue à Mark Kermode, critique anglais hyperactif et grand spécialiste de l’œuvre de son compatriote disparu, entre autres obsessions scopiques. L’occasion aussi d’une première sortie remarquée pour Clockwork, la nouvelle branche de Warner vouée, entre productions originales et ressorties, à marcher sur les plates-bandes de la société de production et distribution A24, devenue en quelques années (à tort ou à raison) le marqueur d’un cinéma singulier et/ou subversif. 

Quelques mois plus tard, cette version restaurée (complète ? Mystère. Mais a priori validée par l’auteur) ressort en salles pour une poignée de projections événementielles dans des salles pour la plupart bien remplies. L’occasion pour les transmetteurs de se réunir derrière les micros pour célébrer ensemble un cinéma aujourd’hui en voie d’extinction : baroque, expressionniste, outrancier, jusqu’au-boutiste. Un morceau de pelloche si galvanisant qu’il nous fera nous exclamer en fin d’émission : « Quand on voit ça, on se dit que 9 séances sur 10, mais qu’est-ce qu’on se fait chier ! ». 

Oyez ! Oyez ! Un morceau de bonheur est en salles, qu’on se le dise. 

Bonne écoute ! 

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