Auditrices et auditeurs cinéphiles,

Le déconfinement a commencé. Petit à petit, les gens sortent, se revoient, se rappellent du goût de la liberté. Tout le contraire des personnages du film de Saul Bass, Phase IV enfermés dans leurs laboratoires. L’américain, passé maître dans la conception de génériques qu’il créera pour Otto Preminger (Autopsie d’un meurtre, La Lune était bleue…), Alfred Hitchcock (La Mort aux trousses, Psychose) Stanley Kubrick (Spartacus) ou Martin Scorsese (Les Affranchis, Les Nerfs à vif, Casino…) réalisera, lui-même, un unique long-métrage, sorti en 1974. Croisement entre série B, film expérimental et lecture scientifique, Phase IV se révèle singulier parfois, envoûtant par endroits, étonnant tout du long.


Au moment où les premières chaleurs frappent la petite Belgique, nous profitons de la ressortie du film chez Carlotta pour revenir sur ses cadres géométriques, ses grosses bébêtes et son mercure qui grimpe, grimpe et grimpe toujours plus haut.

Bonne écoute !

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Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Jeudi 07 mai

Ironie du sort, alors que son dernier film débarquait en salles le même jour que The Irishman de Scorsese sur Netflix, c’est en VOD que je découvre le dernier film de Rian Johnson. Après la débandade de l’épisode VIII de Star Wars, on aurait pu espérer que Knives out, son nouvel opus, sonne comme une revanche créative face aux exigences hollywoodiennes actuelles et à l’accueil désastreux du film auprès du public. Raté, ce « whodunit » en mode Cluedo autour de la mort d’un auteur de polars légendaire, est aussi irritant et éreintant à suivre que son incursion du côté obscur de la force. En désamorçant au bout de trente minutes l’enjeu central du récit autour de l’identité de la personne accusée du meurtre, le jeu de massacre de Rian Johnson tient plus de l’entreprise de destruction que de déconstruction. Le reste du métrage entrecoupé des vomissements de la belle Ana de Armas – incapable de mentir sans régurgiter – est à l’avenant, entre un Daniel Craig dont le seul flair réside dans les réactions gastriques de la demoiselle et un casting 4 étoiles en surrégime complet. Le réalisateur des sympathiques Brick et Looper a beau ménager un petit twist final dans la dernière ligne droite du récit (malheureusement éventée par l’apparition tardive de l’acteur le plus bankable du film) et saupoudrer son intrigue d’une vague allégorie politique sur la situation des Etats-Unis, Knives out est une vraie douche froide, qui laisse planer de gros doutes sur la suite de la carrière de Rian Johnson.

Le mystère reste entier sur le tournant de la carrière de Rian Johnson


Vendredi 08 mai

Nouvelle petite séance de rattrapage avec Le Gangster, le flic & l’assassin, polar hard-boiled signé de l’inconnu Won-Tae Lee (un premier film Man of Will encore sans distributeur chez nous). Projeté en séance spéciale lors de l’édition 2019 du festival de Cannes, le film emprunte le chemin inverse du Knives out de Rian Johnson. Loin de chercher à réinventer le genre, Won-Tae Lee assume pleinement son programme de série B bourrine et décomplexée. Sur une trame librement inspirée d’une histoire vraie (un flic et un chef de gang unissant leur forces pour mettre fin aux agissements d’un tueur en série qui sévit dans les rues de Séoul), Le Gangster, le flic & l’assassin additionne tous les passages obligés du genre sans jamais dévier de sa route, offrant par là-même au spectateur un divertissement de haute volée qui ne cherche jamais à s’excuser ni de son irrévérence, ni de l’immoralité du chemin emprunté par les deux protagonistes pour arriver à leurs fins. À l’heure où le cinéma populaire se conjugue bien trop souvent avec une approche timorée, la profession de foi outrancière de Won-Tae Lee confère au film saveur old school et énergie dévastatrice. Dans les rôles principaux, le duo Ma Dong-Seok (Dernier train pour Busan)  et Kim Moo-Yul fait des étincelles, le premier en armoire à  glace dont chaque coup de poing semble prêt à vous décrocher la mâchoire (avec une scène d’introduction du personnage proprement jouissive), le second tout en frime et en décontraction, rappelant les prestations de flics narquois et désabusés de Bruce Willis ou Mel Gibson. Une nouvelle preuve que dans ce registre, les coréens s’imposent comme les rares héritiers d’un cinéma  où le premier degré et l’absence de cynisme n’ont pas pris le pas sur une vison comptable et aseptisée du divertissement populaire.

Un polar qui tient plus du buddy movie que du thriller anxiogène


Samedi 09 mai

Il y a, dans les courants survivalistes, un vrai pouvoir de fascination. Une forme de dégoût aussi pour ceux qui, parfois, semblent plus attendre l’effondrement qu’ils ne le craignent. La raison de s’y préparer en est d’autant plus trouble. C’est cette approche qui intéresse dans Jusqu’au déclin, premier long-métrage de Patrice Laliberté. À travers une écriture épurée, parfois programmatique mais toujours efficacement mise en scène, le jeune réalisateur québécois parvient à dresser le portrait d’une infra-communauté fondée en partie sur la crainte de la société mais peut-être surtout sur celle de son prochain. L’occasion rêvée pour Patrice Laliberté, Nicolas Krief et Charles Dionne (deux compères dont il semblerait que ce soit aussi le premier film) d’orchestrer un jeu de massacre un peu chanceusement lié à l’actualité. Mais outre ses qualités narratives, Jusqu’au déclin est aussi la première production québécoise de Netflix, qui donne à espérer l’avenir que peut offrir le géant du streaming à de nombreux jeunes filmaillons à travers le monde.

Déconfinement J-2


Dimanche 10 mai

55éme et dernier jour de confinement, ce matin dans le miroir, le regard hagard, la bave aux lèvres et le cheveu hirsute, je ressemble de plus en plus à une version hollandaise de Klaus Kinski à l’heure du réveil. Si le confinement a eu pour avantage de faire fondre ma pile de dvd/bluray comme neige au soleil, cette quarantaine cinéphage commence sérieusement à jouer sur ma santé mentale et mon niveau de sociabilité. Endormi hier devant le générique de fin de Deux salopards en enfer de Tonino Ricci, la première image qui vient me saisir au réveil est celle du regard à la fois hystérique et tragique de Klaus Kinski affrontant à lui seul un blindé de l’armée allemande dans un geste héroïque suicidaire. Un dernier plan qui vient racheter, en une fraction de secondes, une heure et demie d’un film de guerre mineur, qui laisse la part belle à l’interprétation flamboyante de Kinski en soldat de l’armée américaine à la moralité défaillante. Totalement hypnotique, l’acteur allemand éclipse le reste du casting par sa composition d’un personnage d’anti-héros pathétique dont les derniers instants restent en mémoire longtemps après le générique de fin, comme un souvenir lointain d’une humanité à l’agonie. Il est temps maintenant de reprendre ses esprits et d’affronter le monde extérieur.


Lundi 11 mai

Ce matin, certaines cours d’école ressemblent à s’y méprendre à une vision cauchemardesque échappée du cerveau malade de Lars Von Trier. Espérons juste que le reste du programme concocté par le gouvernement français ne penche pas du côté des mêmes discours fascisants que Lars Von Trier aura pu tenir lors de la fameuse conférence de presse cannoise de Melancholia.

Une certaine idée de fin du monde


Lundi 12 mai

Jamais je n’aurai écouté autant de podcasts que ces dernières semaines. La plupart liés de près ou de loin à cet art que nous aimons tant et qui nous occupe plusieurs heures chaque jour. Il est donc important de régulièrement mettre à l’honneur ceux qui rendent cette passion possible. Outre les cinéastes et autres monteurs, compositeurs, directeurs photo ou encore critiques, analystes, historiens… Ce sont les distributeurs et éditeurs qui prennent souvent place dans ces lignes. Ils sont les indispensables artisans d’un travail de recherche, de restauration, d’édition et surtout de mise en valeur des œuvres. Il se trouve justement que « Revus et Corrigés » est devenu le temps de quelques lives Youtube « Revus et Confinés ». Au cours de chacune de ces heures d’entrevues, Marc Moquin et Sylvain Perret reçoivent les acteurs de cette dernière étape avant lecture, avant vision. Ainsi, ce sont Nils Bouaziz de Potemkine, Vincent Paul-Boncour de Carlotta, Thomas Aïdan de La Septième Obsession et Manuel Attali d’Ed Distribution qui reviennent de manière passionnante sur leurs métiers et leurs manières parfois fort différentes de les appréhender. Parfait remède à l’inculture et à l’ennui (mais un cinéphile s’ennuie-t-il ?) ces entretiens font aussi figure de main tendue à une industrie qui vacille.


Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

Lucien Halflants et Manuel Haas


Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

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Jeudi 23 avril

J’ai toujours préféré le Spielberg post A.I. Avant ça, il y avait Jaws, bien sûr, mais mon intérêt – outre ce dernier – s’est toujours plus porté sur son cinéma, plus désabusé, du 21ème siècle. C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles Minority Report représente, pour moi, l’un de ses plus hauts sommets. Il faudrait des pages, par dizaines, pour vaguement tenter d’éponger le ruissellement d’idées que déverse le film. Dans les bonus poussifs du Bluray français, on peut y voir une longue interview de tonton Steven racontant que son film est inspiré d’Hitchcock (merci Steven mais le traitement du potentiel tueur en début de film, les ciseaux ou le gros plans des lunettes brisées nous avait déjà mis la puce à l’oreille) mais aussi de John Huston. Et là, je me questionne… S’il y a bien deux cinéastes que jamais je n’aurais comparés, ce sont ces deux-là. J’ai beau repasser le film dans ma tête, rien ne se démarque. J’imagine alors le pittoresque de certaines situations hustonniennes au cours des pérégrinations de John Anderton. Peut être le vieil ado génial faisait-il référence à cela… Dans un autre monde, Spielberg aurait-il engagé Walter Huston dans le rôle de Peter Stormare, en ophtalmologue repris de justice, joueur et revanchard ? L’idée reste à concevoir mais, ma foi, pourquoi pas…


Vendredi 1 mai

Produit par les frères Russo, les deux prêtes noms de la grande lessiveuse Marvel (Endgame et Infinity War) et vendu comme un polar old school et survitaminé, Manhattan Lockdown est à l’arrivée un énième film d’action petit bras tout juste prompt à surfer sur la notoriété grandissante de son interprète principal Chadwick Boseman, le Black Panther du Marvel Cinematic Universe. Conçu entièrement autour de son « high concept » consistant à bloquer tous les ponts de Manhattan pour empêcher deux tueurs de flics de s’évanouir dans la nature, le premier film du téléaste Brian Kirk oublie en cours de route son formidable terrain de jeux urbain pour s’enfermer dans des décors intérieurs (une boite de nuit, un appartement ou une chambre froide) au lieu d’exploiter un New York nocturne hautement cinégénique. Sous écrit et sous mis en scène, Manhattan Lockdown ne tire jamais profit de la topographie si particulière de la ville et on rêve du grand film d’action géostratégique qu’un Tony Scott aurait pu tirer d’un tel scénario. Autrement plus convaincant chez Brian Helgeland et Fabrice du Welz, Chadwick Boseman a bien du mal à se défaire d’un rôle ultra archétypal de flic solitaire et badass à la caractérisation sommaire qui tend à gommer la part d’ombre du personnage au fil de l’avancée du récit.
Seul acteur à tirer son épingle du jeu, le trop rare Taylor Kitch (John Carter / Savages), insuffle en quelques plans et une poignée de regards glaçants une authentique dimension tragique à son rôle de tireur d’élite. Là où le reste du casting semble embarrassé par le schématisme d’une intrigue qui tente assez maladroitement de dissimuler le dessous des cartes de cette traque à grand échelle (mon fils de 4 ans pourrait griller le twist en 5 minutes), Kitch semble être le seul acteur à faire exister son personnage au-delà de la mécanique purement fonctionnelle du récit. À l’instar de la dernière purge Netflix Taylor Rake, également produite par les frères Russo, Manhattan Lockdown démontre assez vite ses limites et reste assez symptomatique de l’absence de radicalité du cinéma de genre américain, où la notion de formule semble prévaloir sur celle de spectacle et d’originalité. On comprend mieux pourquoi les frères Russo taclaient Scorsese en début d’année sur sa trop haute estime du medium cinéma. Pas de doute, ces deux là ne font pas de distinction entre film et cinéma et c’est bien dans ce manque d’ambition que se niche tout le nœud du problème.


Samedi 2 mai

Pour faire plaisir à ma vieille mère et son amour du théâtre, je vois pour la première fois Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Du film et de tous les clichés qu’on lui connaît se dégage une évidence : Gérard Depardieu. Je me dis que le film est peut-être le point d’orgue de sa carrière, que ses rôles les plus marquants sont derrière lui. D’ailleurs – et même si quelques longs métrages surnagent du marasme – sa filmographie s’abîme complètement à partir du troisième millénaire. J’essaie de démêler l’énigme indéchiffrable : qu’est-t-il arrivé à Gérard Depardieu ? Il m’est évidemment impossible de répondre à cette question mais je réalise qu’il est un homme-monde, qu’il a tout fait. Rebelle, insoumis, sauvage, Obélix, gargantuesque, hors-normes : on l’a affublé de tous les surnoms et superlatifs et on l’a autant admiré ou vénéré qu’on ne l’a raillé, dénigré, rejeté. Rarement acteur français aura autant déchaîné les passions. Son rire seul pourrait le résumer : il résonne comme le tonnerre et emporte comme un torrent fougueux. Je me dis qu’on sait tout et rien de lui : qu’il apparaît aujourd’hui comme un ogre mais que c’est pour mieux dissimuler ses fêlures, sa fragilité, ses blessures que l’on perçoit pourtant dans ses meilleures interprétations. Je rêve à ce qu’il aurait été si il s’était investi durant les vingt dernières années comme il l’a fait pour Truffaut ou Rappeneau. Je me dis qu’à défaut des dernières années, je peux le revoir chez Pialat, Blier, Resnais, Godard, Sautet, Ferreri, Weir, Wajda, Bertolucci, Ridley Scott… Je me dis alors que sa filmographie est vertigineuse, assurément la plus impressionnante du cinéma français. Que de Gégé-la-gouaille des Valseuses au Cyrano de Rappeneau, c’est toute une vie parcourue : du gamin dyslexique au poète improvisant. Je me dis que Gérard, c’est un pic, c’est un cap. Que dis-je… Je me dis finalement que c’est l’acteur total, capable de l’humour le plus vulgaire, d’une trivialité grotesque comme des plus incroyables fulgurances de jeu et d’une finesse prête à fendre le cœur. Plus qu’un acteur, c’est un homme.


Dimanche 3 mai

Il y a bien eu cette fois en Champagne, où en guise de dessert après un repas plus qu’abondamment arrosé, nous organisâmes avec quelques collègues d’alors un foot endiablé ne se soldant étonnamment pas par un concert de vomissements mais par un orteil sauvagement écrasé. Mon pied cranté mordant la victime. Mais, en dehors de cet évènement traumatisant, s’il y a bien une chose qui déchire notre rédaction en deux, ce sont nos attraits respectifs pour les ballons en tout genre. Là, où certains, tels les clébards qu’ils sont, peuvent les poursuivre durant des heures, d’autres se les battent savamment. Pour soigner cette béance canine en période de confinement, je regarde quasi quotidiennement un épisode de The Last Dance, série vendue par Netflix comme un portrait du GOAT, du grand MJ, j’ai nommé Michael Jordan. Là où The Last Dance réussit son coup, c’est en évitant le portrait du principal protagoniste de la plus grande équipe de l’histoire du basket mondial, et en préférant dresser celui de l’équipe dans son ensemble, voire d’un souvenir plus ou moins fantasmé de celle-ci. Un rêve que l’on aurait jamais imaginé côtoyer d’aussi près. Fidèle à la coutume NBA, le spectacle est complet, total et dépasse largement les parquets. Les protagonistes devenant histrions d’un grand théâtre, les images d’archives réinventant leur propre temporalité, et la série créant ses propres évènements. À en faire oublier la réalité sportive à ceux qui eurent la chance de la connaître.


Mardi 5 mai

Il y a quelques jours, l’ami Manu – pas notre collègue, mais le plus célèbre des démarcheurs français admirateurs de Defoe – et son copain concessionnaire revenus d’entre les morts ont annoncé de grandes mesures culturelles. Un fond d’indemnisation pour les tournages, une prolongation d’un an des droits des intermittents du spectacle et… ben, pas grand-chose d’autre… Pendant que nos deux robins des bois mettent les banques et assureurs « devant leurs responsabilités », une pétition tourne sur les internets. Confinés, nombreux sont ceux qui habillent le temps de leurs envies cinéphiles. Mais tous n’ont pas accès aux films qui, parfois, leur plairaient. C’est pourquoi, par bonté de cœur, pour nourrir la culture ou par désir d’audimat, certaines chaines nationales (dont France 2) programment régulièrement du cinéma de patrimoine. Bref, une initiative réjouissante, quelles qu’en soient les raisons… Les craintes persistantes – et la raison de cette fameuse pétition – résidant dans le manque de diversité du cinéma proposé (principalement français et calé entre les années 70 et 80) ainsi que dans la volonté de laisser perdurer cette initiative au-delà du confinement. Plus d’infos et quelques cases à remplir ici.

Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

Julien Rombaux, Lucien Halflants et Manuel Haas

Auditrices et auditeurs cinéphiles,

Jour 62 du confinement. La résistance continue. Dans des studios, des caves humides ou des greniers réaménagés, les mordus de cinéma s’organisent pour proposer des émissions diversifiées. En attendant de retrouver le cinéma d’aujourd’hui (une émission consacrée aux sorties VOD suivra bientôt, c’est promis), nous continuons de nous pencher avec bonheur sur le cinéma d’hier.

Bouches ébahies et coeurs serrés d’émotion nous (re)découvrons donc le film (sous estimé ou oublié) de George Miller sorti initialement en 1992 : Lorenzo (ou Lorenzo’s Oil dans la langue de Shakespeare). En ancien médecin qu’il est, le réalisateur de la quadrilogie Mad Max sublime le combat acharné de parents luttant pour leur enfant, frappé par une terrible maladie. Si le parallèle avec l’actualité est inévitable, le film se révèle – aussi – être un excellent antidépresseur, une lueur d’espoir pour des jours meilleurs. Au bout des sacrifices, des larmes et des angoisses, un doigt qui bouge réinjecte une dose d’amour du cinéma autant que de raisons de nous battre.

Courage, bientôt la fin, le soleil et la liberté ! Bonne écoute à toutes et tous.

Une réédition du film est prévue le 18 mai chez Elephant films (fingers crossed).

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Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Jeudi 23 avril

Datant mes premiers émois cinéphiles à 1989, j’ai vécu en direct la dégringolade de Sylvester Stallone lorsqu’il s’imagina acteur comique au tournant des années 80/90, suivi de son retour de hype avec les succès consécutifs de Cliffhanger (Renny Harlin – 1993) et de Demolition Man (Marco Brambilla – 1993). Bien que mou comme un loukoum, ce dernier film a traversé les décennies grâce à quelques blagues « distopiques » réussies, avec en tête les fameux trois coquillages comme alternative futuriste au papier-toilette.

Demolition Man se déroule en 2032, Sly y interprète un flic congelé depuis 1996 soudain ressuscité par le gouvernement pour traquer un criminel. Au milieu du film, Sandra Bullock en femme-flic du futur (et actrice comique géniale elle par contre), propose verbalement à notre héros de faire l’amour avec elle. Sly accepte, puis Sandra lui demande de revêtir un casque type réalité virtuelle afin de respecter des normes de distanciation sociale. Sly manifeste alors sa déception, lui qui s’attendait à un « échange de fluides » avec sueurs, odeurs, salives, sécrétions, bruits humides de chairs qui s’entrechoquent.

Quand je m’imagine suivre le festival de Cannes en ligne ou retourner dans les salles de cinéma un masque sur le visage et huit fauteuils vides autour de moi, je me sens un peu comme ce bon vieux Sly. Depuis plusieurs années, je regrette que le cinéma s’assagisse, ne prenne plus de risques, s’aseptise, avec pour résultat des centaines de films interchangeables, inoffensifs, oubliables, fadasses. Aujourd’hui, la crise sanitaire fait déborder cette tendance de nos écrans vers nos salles, tandis que s’éloigne encore le fantasme du retour d’un cinéma anarchiste, malpoli, de sueur, de sang, qui déborde, qui tâche, qui pue, qui hurle. Un cinéma avec de la vie dedans.

Et pendant ce temps, en ligne, la plateforme du géant aux grandes oreilles cache les fesses de Darryl Hannah.

Le high-five version Demolition Man. Un film prophétique.


Vendredi 24 avril

Immense succès de la VOD, la série Tiger King, « réalisée » par Eric Goode et Rebecca Chaiklin est absolument déprimante. Freak-show à la vulgarité assumée, plus proche de la télé-réalité que du cinéma documentaire, le produit est un maelstrom d’images disparates, dont l’assemblage ne semble répondre qu’à une logique de surenchère permanente. En plus d’être complètement décomplexé de toute tentative d’articulation d’un point de vue documenté sur un sujet potentiellement fécond (passionnante piste évoquée de l’ivresse du pouvoir et de ses signes extérieurs), le pire reste la façon dont la série fait feu de tout bois, en juxtaposant absolument tous types de prises de vues (qu’elles soient volées, tournées par l’équipe du documentaire, par les intervenants eux-mêmes…) et brouille complètement la piste d’un niveau de référence du discours. Assommé, gavé, noyé dans le flux, le spectateur n’y a aucune occasion de se poser la question du vrai ou du faux. Un objet un peu inconscient à l’heure où l’éducation aux médias devient une nécessité publique.

Et pour ceux qui gardent un certain respect pour le cinéma documentaire, retrouvez ici une leçon de cinéma d’une heure dispensée par Frederick Wiseman, un cinéaste qui respecte son spectateur et son medium.


Samedi 25 avril

La chroniqueuse de l’autre côté des ondes radiophoniques me conseille de me plonger dans un essai intitulé Éloge de la lenteur du philosophe Carl Honoré. Un titre qui éveille mon souvenir très frais de mon idéal de film de confinement, soit le fameux The Taste of tea (2003) revu il y a quelques jours à peine. Alors qu’on en a soupé, l’expression feel-good movie convient particulièrement à l’œuvre signée Katsuhito Ishii, un réalisateur aussi connu pour avoir dirigé la fameuse séquence animée de la formation d’O-Ren Ishii dans Kill Bill, Vol.1 de Quentin Tarantino (2003). D’une poésie légère et fantasque, s’y enchaînent des séquences aussi drôles que touchantes, servies par des effets spéciaux surannés : un gamin amoureux qui s’épuise sur son vélo, une séance d’hypnose en famille, un dessin-animé bruité en direct à la bouche… Alors qu’on y trouve littéralement des séquences où des personnages mutiques regardent le ciel, The Taste of tea est un temple érigé à la gloire de la lenteur, de l’oisiveté, de l’immobilité, ici des qualités nécessaires pour saisir l’éclosion de la délicieuse cocasserie du quotidien. Augustin Trapenard, animateur du Cercle, émission télévisée d’actualité cinéma qui a le mérite d’exister, pose cette question de manière hebdomadaire à ses invités : « Dans quel film aimeriez-vous vivre ? ». Eh bien moi, je voudrais vivre dans The Taste of tea.


Lundi 27 avril

À l’heure où la reprise des activités semble poindre à l’horizon, pour bien des secteurs, ce retour à la vie pose beaucoup plus de questions que l’arrêt brutal qui a précédé. Dans les journaux, paraissent deux « tribunes », qui voient différents secteurs du monde du cinéma, belges et français, non seulement tirer la sonnette d’alarme, mais surtout proposer des alternatives, des solutions, pour essuyer les plâtres.

L’Union fait la force. Dans le quotidien belge d’information francophone L’Echo, paraît une tribune signée des cinq dirigeant.e.s des cinq institutions belges publiques (francophones et néerlandophones) dont la mission est d’investir dans la production cinématographique. Ensemble, ils proposent une révision du mécanisme dénommé Tax Shelter, qui permet aux entreprises d’injecter une partie de leurs bénéfices dans les budgets de films, cet argent étant dès lors sujet à un allègement fiscal. Grâce à cette révision, malgré la crise et des rendements moindres, ce système pourrait perdurer dans les mois à venir, de manière à garantir des activités pour les professionnels du monde audiovisuel (retrouvez la tribune ici).

Pour pallier à l’absence de nouveaux programmes, France Télévisions crée de nouveaux créneaux destinés aux films de cinéma dans ses grilles horaires. Ainsi, Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury – 1973) obtient plus de 4 millions de téléspectateurs. Suite à ce succès, une centaine de personnalités du monde du cinéma français (éditeurs, distributeurs, critiques…) publie une tribune réclamant non seulement le maintien de ces cases après la fin de la crise sanitaire, mais aussi leur élargissement à une définition plus large du cinéma de patrimoine (au-delà des comédies populaires), et surtout un accompagnement, une contextualisation de ces films. Ceci afin que le service public télévisuel (encore fenêtre sur le monde principale de l’immense majorité de la population française) accomplisse son devoir de médiation culturelle (retrouvez la tribune ici).

Voici bien la plus belle proposition de « monde d’après » qu’il m’ait été donné d’envisager.


Mardi 28 avril

À leur tour, exploitants et distributeurs tentent de trouver des solutions pour que déconfinement et déconfiture n’aillent pas de pair. Tandis que je reçois des appels aux dons de cinémas bruxellois ou que d’autres m’envoient un questionnaire pour savoir si je serais prêt à y retourner « là tout de suite » (sans me donner le programme), il semble bien que rouvrir sans stratégie soit le risque d’une longue période de salles vides, le public apeuré et les distributeurs repoussant sans arrêt les dates de sorties de leurs grosses cartouches. En Chine, les cinémas ont ouvert leurs portes à nouveau fin mars, armées d’un plan qui leur permettait de remettre à l’affiche une sélection de succès locaux, dont certains issus du cinéma étranger. Le résultat fut un gadin spectaculaire, salles désertes et, pire que tout, nouvelle fermeture exigée huit jours plus tard par le gouvernement.

Rêvons du retour des Cinémas : un été suave et lumineux, sur les places, dans les parcs et les jardins, les apéritifs en extérieur se prolongent en projections pirates en plein air de films populaires & singuliers, d’abord à cinq, puis à dix, à vingt, à quarante. Jusqu’aux petites heures, les pelloches sont débattues de manière passionnée par des amateurs-trices qui se trouvent, se retrouvent, tombent amoureux… Un retour progressif du Cinéma comme expérience collective, comme « espace commun ».  En septembre, un feu d’artifice de relance, une semaine où, partout en Europe, le prix d’une place de cinéma redescend à un tarif démocratique. Avec à l’affiche, sortis de concert, des locomotives à spectateurs (Tenet de Christopher Nolan ou le nouveau James Bond) aux côtés d’œuvres attendues par les cinéphiles (Benedetta de Paul Verhoeven ou Last Night in Soho d’Edgar Wright).

Faîtes de beaux rêves.


Belle semaine cinéphile à toutes et à tous.

Olivier Grinnaert.

Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

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Mercredi 15 avril

On le sait, le site d’Arte offre un panel de vidéos plus intéressantes les unes que les autres.
Outre les films en ligne, ou les tops five de Blow Up, vous pouvez également y trouver des « leçons de cinéma ». Au menu, Agnes Varda, Paul Thomas Anderson ou Brian de Palma pour ne citer qu’eux. Visionnant celle d’Arnaud Desplechin – accompagné de Mathieu Amalric – je suis frappé par la générosité, la vivacité d’esprit et le bagout du réalisateur de Esther Khan ou Rois et Reine. Passionné et passionnant, il évoque de manière ludique son cinéma – qu’il définit comme trop long, en surrégime, presque saturé – ainsi que la relation qui le lie aux acteurs. Les deux compères expliquent comment leur relation (riche de six films) a débuté : c’est en voyant jouer Amalric que le cinéaste comprend la véritable nature d’un de ses personnages iconiques, Paul Dedalus. Il définit celui-ci comme quelqu’un qui regarde et qui admire. La métaphore avec la caméra – et par extension avec Desplechin lui-même – est évidente et l’on comprend alors le lien indéfectible qui unit le créateur et son acteur fétiche, puisque le second serait (presque) l’interprète de la vie du premier. Les voir ensemble et les entendre, c’est se rendre compte que le cinéma est aussi une déclaration d’amour. Et puis franchement, des films saturés comme Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle, personnellement, j’en redemande.


Jeudi 16 avril

Ascenseur Pour l’Échafaud.
Découverte du film de Louis Malle sorti et auréolé du prix Louis Delluc en 1957. La volonté du jeune réalisateur étant de proposer un « cinéma absolu, c’est à dire un travail qui entremêlerait littérature, musique, peinture qui aurait digéré le cinéma du passé et ouvrirait sur celui du futur tout en n’omettant pas une conscience sociale » on pourrait dire que le film passe à côté de ses objectifs. Pourtant il est fascinant dans la façon dont il raconte les pas d’un jeune réalisateur. On y perçoit un Louis Malle cherchant son style, entre volonté d’imposer sa patte et inspirations des réalisateurs qui l’ont influencé. Il y a du Bresson (pour qui il a été assistant), du Hitchcock (l’un de ses modèles) ou encore du Melville (à qui il emprunte le chef opérateur). La lumière – et particulièrement lors d’une scène d’interrogatoire – y est d’ailleurs sublime. Le film se révèle un étrange patchwork entre une atmosphère très américanisée tout droit sortie du film noir (la superbe BO de jazz, improvisée par Miles Davis en deux jours à partir des images !) et en même temps des dialogues qui sonnent très hexagonaux. A l’arrivée, un film non dénué de défauts mais qui intrigue par son mélange de genres qui préface la nouvelle vague française, et qui émeut grâce à la présence magnétique de Jeanne Moreau errant dans les rues sous la pluie, à la recherche de l’homme aimé.


Vendredi 17 avril

Hier Christophe, le chanteur aux nuits et aux lunettes bleues s’en est allé, fauché par cette saloperie de Covid-19. Hasard du calendrier ou croisée des chemins, mon dernier achat vidéo avant l’ère du confinement aura été La route de Salina, film rare et méconnu de Georges Lautner, papa des Barbouzes et de Mort d’un pourri. Remis à l’honneur par Tarantino dans Kill Bill avec l’utilisation du célèbre thème musical composé par Christophe et une référence explicite au titre même du film, La route de Salina restait jusque là introuvable et largement sous estimé dans la filmographie de ce solide artisan de cinéma populaire français. Si on peut déplorer l’absence de la version originale au profit de sa version française, cette incursion de Lautner hors des frontières de son cinéma se révèle une réussite exemplaire, un film déroutant et vénéneux, qui capture à merveille le mouvement de bascule et de fin d’innocence du flower power que l’on retrouve également à l’œuvre dans Once Upon a time in …Hollywood.
Empruntant tant au giallo qu’au film noir, Lautner construit un huis clos à ciel ouvert qui tire magnifiquement parti des paysages lunaires et désertique de l’île de Lanzarote, évocation poétique d’une Amérique révolue.
Un espace hors du temps où s’entrecroisent deux génération d’acteurs, celle de l’âge d’or des studios (Rita Hayworth dans un de ses derniers grands rôles pour le grand écran) à celle du nouvel Hollywood (Robert Walker Jr et Mismy Farmer). Une pépite à redécouvrir, chaînon manquant entre le More de Barbet Schroeder et le Zabriskie Point d’Antonioni, qui achève l’idée que le cinéma de Lautner ne saurait se résumer aux seuls Tontons Flingueurs ou aux comédies déjantées des années 60. Disponible dans la collection Make my Day supervisé par Jean-Baptiste Thoret, La route de Salina est accompagné d’une interview passionnante du critique Sylvain Perret qui dresse un parallèle troublant entre la vie de Lautner et la trajectoire du film et atteste de la place toute singulière du film dans la carrière de son auteur.


Dimanche 19 avril

Michael Mann pour obsession cinéphile. Comme un mantra qu’il s’agit de laisser mouvoir sans discontinuer dans tout esprit gorgé de cinéma. L’auteur de la plus complète et fascinante filmographie du cinéma américain contemporain se cache très régulièrement dans les polars qui lui ont suivi. Il est même un jeu – souvent gênant – consistant à les repérer. Mais si la marotte opère dans ce sens, elle fonctionne parfaitement dans le sens inverse. On pense alors aux influences visibles et analogies possibles avec le cinéma d’Antonioni, l’évidence de Parallax View de Pakula comme terreau de The Insider ou l’omniprésence des films de Meville et Ford, pour ne citer qu’eux. Mais un exemple paraît peut être plus explicite encore : Sam Peckinpah. Bien sûr, il s’agit d’une évidence pour tous les aficionados de ces deux génies fondateurs – Mann citant même The Wild Bunch dans ses dix films préférés – mais jamais le lien ne m’avait paru si fort que lors d’une récente révision du sublime Pat Garett & Billy The Kid. La charge sur un monde qui voudrait aller plus vite qu’il ne tourne, le rapport en miroir des héros se pourchassant l’un l’autre et les amenant à l’introspection, le regard acerbe sur le capitalisme naissant chez l’un, tardif chez l’autre, un virilisme mélancolique comme base de poèmes de poussière ou d’acier et cette manière d’aborder l’horizon, comme unique respiration possible, comme échappatoire à la fatalité de l’instant… Et sans même revenir sur les ponctuations formelles qui les lient. Bloody Sam et Steely Mike, comme une continuité entre deux œuvres immenses, comme deux faces de la même pièce, comme deux protagonistes de leurs propres univers.

Lundi 20 avril

On pourrait, la mort est ainsi faite, transformer cette publication hebdomadaire en rubrique nécrologique. Il se trouve qu’on ne le souhaite que très peu et que les hommages ne sont pas toujours les écrits les plus aisés, ni les plus intéressants. Mais Phillipe Nahon est mort et l’immense sympathie que dégageait cet acteur – incarnant pourtant régulièrement des personnages voguant entre ambivalence et ignominie – mérite quelques mots. Ce sont ceux, justes et sensibles, de Gaspar Noé, son ami et collaborateur, que je vous conseillerais pour éponger votre chagrin. Et comme, pour nous, les mots sont encore plus beaux lorsqu’ils sont accompagnés d’images, de vous proposer d’accompagner cette lecture par la vision de Carne mis en accès libre par Henri, fantomatique Langlois partageant quelques-unes des plus belles perles de sa cinémathèque, lui aussi depuis l’au-delà.

Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

Julien Rombaux, Lucien Halflants et Manuel Haas

Auditrices et auditeurs cinéphiles,

Bloqué dans mes mètres carrés avec un pot de houmous, des mètres cubes de béton me séparant de paradis sylvestres au délicieux parfum d’humus, privé de sortie, privé de cinéma (et encore je fais partie des chanceux), me vient à la nuit tombée l’irrépressible besoin de me réfugier dans des contrées lointaines, des époques non-identifiées, des récits de chevalerie, de princes.ses en détresse, d’orphelin.e.s élevé.e.s par des loups, d’héros et d’héroïnes intrépides et, pourquoi pas, de vilains frères siamois.

Arrive donc à point nommé l’initiative de l’audacieux distributeur Spectrum Films que de ressortir The Bride with white hair, aussi connu sous le titre Jiang Hu, entre passion et gloire, le film qui offrit à Ronny Yu son ticket pour Hollywood, réalisé il y a bien longtemps, en 1993, dans un Hong-Kong pas encore rétrocédé à l’Empire du milieu. Près de deux heures dans une Chine rurale et fantastique, l’occasion de s’évader narrativement, mais pas seulement. Pour nous autres cinéphiles occidentaux, il s’agit aussi d’une évasion scopique, culturelle et intellectuelle, deux heures de plongées (et de contreplongées) dans un cinéma décomplexé, excessif, inattendu, follement récréatif et d’ordinaire si mal distribué dans nos contrées.

En ce jour sombre, nous allumons une lanterne en consacrant à The Bride with white hair notre deuxième émission confinée (N.B. : Petit à petit nous trouvons des solutions pour vous offrir la qualité sonore la moins irritante possible, cela devrait aller mieux au prochain). En espérant vous donner envie à votre tour de vous ébahir devant ce bijou méconnu, emmené par les beaux et charismatiques Leslie Cheung et Brigitte Lin.

Bonne écoute à toutes et à tous !

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Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Mercredi 08 avril

Après deux collaborations infructueuses avec ce bras cassé de Zack Snyder (les indigestes et indigents Batman vs. Superman et Justice League) accompagnées d’une quatrième réalisation qui laissait entrevoir les limites de son cinéma, le retour de Ben Affleck derrière la caméra de Gavin O’Connor avec The Way back sonne comme l’heure de la réconciliation.
Au début des années 2000, alors qu’il jouait les bellâtres dans des blockbusters fin de race (Daredevil / La Somme de toutes les peurs) ou des comédies romantiques navrantes (Amours infinis / Un Amour trouble), nul n’aurait pu anticiper le virage à 180 degrés opéré par Ben Affleck à l’orée des années 2010. Après une adaptation méritante de Dennis Lehane (Gone baby gone), Affleck allait prendre un nouvel envol avec ses deux films suivants The Town et Argo, salués par le public et la critique. À la fois devant et derrière la caméra, Affleck y dévoilait une épaisseur et une sensibilité qui faisaient défaut à sa filmographie, d’ordinaire coincée entre le sourcil concerné du super héros ou le sourire béat du gendre idéal. Film phare de ce renouveau, le Gone Girl de David Fincher, capturait à merveille ce glissement entre cette image faussée et surexposée du comédien et celle plus intime et personnelle qui se dessinait à travers ses choix de réalisation. Une traversée du miroir, qui reflétait et jouait de ce décalage entre cette nouvelle image de l’acteur et celle héritée de ses années à jouer les playboys pour le cinéma ou les tabloïds (sa vie privée avec Jennifer Lopez exposée sans relâche au point de devenir la vitrine du clip du tube Jenny from the Block).
Si la suite n’aura pas forcément été à la hauteur de ces promesses, ce retour en grâce opéré avec The Way back rappelle qu’Affleck n’est jamais aussi bon que lorsqu’il laisse se fissurer le masque d’une assurance factice pour laisser entrevoir ses fêlures et ses démons intérieurs. Ancienne gloire du lycée, désormais divorcé et alcoolique, le personnage incarné par Affleck rejoue une partition bien connue de l’image publique de l’acteur entre addiction à l’alcool et une séparation très médiatisée mais le film ne souffre jamais d’une absence de distance ou d’un voyeurisme putassier. De tous les plans, Affleck porte le film sur ses épaules dans ce qui est peut-être sa meilleure interprétation à ce jour.
En symbiose totale avec son personnage, il dégage une présence physique et une sensibilité à fleur de peau qui confèrent aux scènes intimistes une puissance émotionnelle d’une rare intensité. Initialement prévu pour une sortie dans les salles en mars 2020, le film est désormais disponible sur la plateforme du géant et fraudeur fiscal Amazon. À vous de voir si en cette période de confinement vous voulez rester dans le domaine de la légalité ou si vous attendez la réouverture des salles de cinéma.


Jeudi 09 avril

Un Affleck peut en cacher un autre. Si ici, il s’agit toujours de Ben Affleck et non pas de son frangin Casey, Sa dernière volonté est lui en revanche une belle déconvenue. Vendu sur son nom et celui d’Anne Hathaway alors que sa présence à l’écran n’excède pas les quinze minutes, le film de la cinéaste Dee Rees (Mudbound) est symptomatique de l’état de déliquescence et de déstructuration totale du récit dans le cinéma américain actuel. Censé narrer les aventures d’une journaliste chevronnée (Anne Hathaway sans maquillage et toute en tâches de rousseur) cherchant à remonter la filière d’une vente d’armes au Nicaragua à la veille d’un coup d’état, Sa dernière volonté est un film qui ne sait jamais ce qu’il raconte et comment le raconter. Perdue dans les méandres d’une intrigue qui avance de manière artificielle en une accumulation de péripéties et de rebondissements sans logique apparente, Hathaway donne l’impression d’un poulet sans tête qui se heurte contre les murs en déclamant des monologues interminables sur l’interventionnisme des États-unis en Amérique du Sud. Un modèle de non film à étudier dans les écoles de cinéma tant sa réalisatrice s’évertue à bafouer toutes les règles élémentaires de la narration.
Seul personnage un tant soit peu intriguant, l’énigmatique haut fonctionnaire incarné par Ben Affleck est relégué au rang de faire valoir amoureux comme si en chemin le film d’espionnage à la John Le Carré s’était mué en roman à l’eau de rose pour lecteurs & lectrices de Barbara Cartland.
Sur le même sujet on préférera largement revoir Salvador d’Oliver Stone ou même Under Fire de Roger Spottiswoode autrement moins délétères dans leurs narrations.


Vendredi 10 avril

Mardi dernier, Jean-Luc Godard faisait l’événement sur les réseaux sociaux. Invité autour d’un live sur Instagram par l’École d’art de Lausanne pour une longue heure d’entretien passablement complaisante et absconse, le vieux sage de la nouvelle vague a déroulé sans grande surprise sa pensée sur le monde, le cinéma et la télévision. Un beau coup de buzz à moindre frais pour l’ECAL, tant Godard est devenu depuis longtemps une marque de fabrique un peu caricaturale (et caricaturé finement dans l’excellent Le Redoutable de Michel Hazanavicius). Une conversation en roue libre tenant plus du PMU de la cinéphilie que d’une vision éclairée du cinéma, mais bon à défaut d’apprendre grand chose on a pu s’amuser avec les nouveaux filtres de l’application Instagram.

Entre Wallace et Gromit, le nouveau Godard 2.0

Samedi 11 avril

Dans un registre plus attractif et moins anecdotique, le confinement semble réussir à Quentin Tarantino. Pour pallier à l’absence d’activité de son cinéma le New Beverly à Los Angeles, le réalisateur de Once Upon a time in Hollywood en alimente le site web de critiques de films et de portraits d’acteurs ou de réalisateurs chers à sa cinéphilie. Au programme un panorama hétéroclite du cinéma des années 60 aux années 80, de Peter Bogdanovich à Jimmy Wang Yu tout en passant par une interview inédite et passionnante de John Milius par Tarantino en 1982 alors que ce dernier n’avait que ….20 ans. Une bien belle manière de tuer le temps et de plonger au cœur du cinéma si singulier de Tarantino.


Dimanche 12 avril

ll y a sept ans, au début du mois d’août alors que les cinémas n’étaient pas encore condamnés à fermer leurs portes, Les Derniers jours, deuxième film des frères Pastor, sortait dans une quasi-indifférence générale. Aussi spectaculaire qu’anxiogène, ce survival post-apocalyptique dressait le bilan d’une épidémie d’agoraphobie contraignant la population à rester chez elle, un peu à la manière de ce que nous vivons aujourd’hui.
Coup du sort ou du destin leur nouveau long métrage est lui actuellement disponible sur Netflix sans avoir à mettre le nez dehors. Intitulé ironiquement Chez moi, ce nouvel opus nous place aux coté de Javier (Javier Gutiérrez  tout simplement monstrueux) publicitaire au chômage qui décide d’espionner les nouveaux propriétaires de son ancien domicile. A contrario des Derniers jours qui s’articulait autour de deux personnages en quête d’une humanité perdue, Chez moi brosse le portrait d’un authentique salaud qui au fil de l’évolution du récit va peu à peu abandonner toute forme d’empathie. Brillant tant dans sa mise en scène que dans son écriture qui progressivement fait évoluer notre identification au personnage principal, Chez moi n’est pas sans rappeler le formidable polar oublié de Michele Soavi Arrivederci amoreciao.
Un petit diamant noir qui confirme après Infectés et Les Derniers jours toute la cohérence et l’inventivité du cinéma des frères Pastor.


Mardi 14 avril

C’est avec une image largement détournée sur internet que le Dune de Denis Villeneuve s’est dévoilé cette semaine. Une photo de tournage, où cheveux au vent, perdu dans la grisaille d’un bord de mer, le personnage de Paul Atréides – le héros du cycle de romans de Frank Herbert – interprété par Timothée Chalamet semble perdu dans d’obscures pensées. Une photographie bien peu spectaculaire pour un film autant attendu que redouté après l’adaptation avortée d’Alejandro Jodorowsky dans les années 70 et celle en roue libre de David Lynch. Un choix étrange mais qui résonne  avec la logique assez terne de Denis Villeneuve, qui prend des allures de cinéma concerné et réflexif tout en brassant du vide (l’épilogue nonsensique de Premier contact ou le final hautement ridicule de Blade runner 2049).
Si une seconde vague de photographies est venue contrebalancer cette impression en présentant la planète Arrakis et son désert de sable, on s’interroge sur le choix assez commun du décor du Wadirum en Jordanie, lieu de tournage très prisé d’Hollywood, de Lawrence d’Arabie aux récents Star wars, Seul sur mars ou Aladdin. Une imagerie au caractère générique et peu inspiré quand on se remémore le formidable travail conceptuel et visionnaire réalisé par Moebius ou Giger pour le projet de Jodorowsky, dont l’énergie créatrice donnera naissance quelques années plus tard au Alien de Ridley Scott.

Denis Villeneuve nous vend du rêve

Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

Manuel Haas

Journal d’un cinéphile au XXIème siècle

Pensées, aphorismes, observations, opinions, réflexions, blagues… Toute ressemblance avec la rubrique « Bloc-notes » de la revue Positif est absolument volontaire.


Jeudi 2 Avril

Les documentaires rock’n’roll me réjouissent plus que de raison. Récits d’autodestruction, d’amitiés trahies, de compromission entre sirènes du music-business et énergie primale viscéralement adolescente, ils sont remplis de personnages pathétiques, narcissiques, souvent motivés par le désir de prendre leur revanche sur une enfance malheureuse. À la différence de son précédent Year Of The Horse (1997) consacré à une tournée de Neil Young avec son groupe Crazy Horse et rempli de captations de concerts, le dernier docu-rock en date signé Jim Jarmusch, Gimme Danger (2016) consacré au groupe The Stooges, emprunte une forme beaucoup plus habituelle du genre, soit celle d’un montage chronologique d’archives et d’interviews. Point commun aux deux films, l’auteur de Down By Law (1986) et Ghost Dog, la voie du samouraï (1999) connaît intimement les protagonistes principaux (Neil Young d’un côté, Iggy Pop de l’autre) et obtient des interviews exhaustives mais surtout sincères (en apparence). Quoique très peu jarmuschien, Gimme Danger est un régal pour les amateurs, rise & fall idéal du groupe qui avait tout pour changer le monde et qui s’est bien évidemment lamentablement crashé. Tentant parfois des allégories entre son récit et des images publicitaires ou issues de la pop-culture de l’époque, le film de Jim Jarmusch atteint presque le niveau du chef d’œuvre du genre, soit The Filth and the Fury de Julien Temple (2000) qui filait avec bonheur une métaphore entre les Sex Pistols et le Richard III de Laurence Olivier (1955).

N.B. : Pour les amateurs, je conseille aussi l’excellent et méconnu End of The Century de Jim Fields et Michael Gramaglia (2003) consacré aux Ramones.


Vendredi 3 avril

Icône intouchable glamourissime des années 90, Sharon Stone en 2020 zone sur Tinder (ou Bumble son équivalent U.S.) et alimente régulièrement son compte Twitter. Aujourd’hui, elle y publie une vidéo qu’un « ami lui a envoyé d’Inde » : dans un quartier qu’on imagine cossu, désert pour cause de quarantaine, un éléphant se promène dans la rue. Climax : un motard sort d’un virage, se retrouve nez à nez avec le noble animal, abandonne son véhicule et prend ses jambes à son cou. Au-delà de la cocasserie de l’ensemble, cette vidéo (et d’autres multiples exemples du genre qui fleurissent depuis dix jours), laissent fantasmer une reprise éclair des droits de la faune et de la flore sur des territoires urbains si l’homme venait à se raréfier, voire à disparaître. Pour le cinéphile, de telles images évoquent de nombreuses visions générées par le cinéma post-apocalyptique, avec en tête le fabuleux L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995). Pour rappel, au début du film, l’humanité a été ravagée par un virus et les quelques survivants se sont installés sous terre. James Cole (Bruce Willis, impliqué à l’époque) est chargé de recueillir des échantillons à la surface. Dans un New-York désert et recouvert de neige, il est surpris par un ours, libéré du zoo des années auparavant.

https://twitter.com/sharonstone/status/1246102365142319104?s=20

Samedi 4 Avril

Découverte abasourdie de l’âpre et audacieux Le Prêteur sur gages (The Pawnbroker) que Sydney Lumet a réalisé en 1963. Par ses effets de montage (remarquablement efficaces pour matérialiser la persistance d’un souvenir), une photographie expressionniste signée Boris Kaufman, des séquences cinéma-vérité tournées caméra à l’épaule dans les rues new-yorkaises de l’époque, le film de Sydney Lumet est certes totalement sous influence européenne (on pense à François Truffaut ou à Michelangelo Antonioni, notamment dans les scènes entre Rod Steiger et Géraldine Fitzgerald). Mais la maturité et la contemporanéité de son sujet, la crudité de certaines séquences (qui à l’époque va à l’encontre du fameux Code Hays), la noirceur de l’ensemble ou encore l’antipathie du personnage principal en font aussi un précurseur idéal du « Nouvel Hollywood », dont l’embrasement est souvent daté à 1967. Auparavant, un peu prêt-à-penser, je voyais les années 1970 comme l’acme de la carrière de Sydney Lumet (Serpico – 1973, Un après-midi de chien – 1975, Network – 1976). Archi-faux, il y a bien sûr des œuvres majeures après (Le Prince de New-York – 1981, À bout de course – 1988), mais aussi avant, The Pawnbroker constituant un exemple imparable. Un film plein comme un œuf, à la mise en scène ostentatoire, qui ose constamment des formes cinématographiques radicales.


Lundi 6 Avril

La Dernière séance n’est pas devenue « Journal d’un cinéphile confiné au XXIème siècle ». Jusqu’à présent, je me suis refusé à lire ces « journaux de confinement » qui fleurent un peu trop l’opportunisme à mon goût, et ne feraient qu’ajouter à la surenchère anxiogène qui se déverse sans cesse du robinet médiatique. Pourtant, je me réjouis d’avance des regards rétrospectifs qui ne manqueront pas d’apparaître, qu’ils soient littéraires, cinématographiques, photographiques, graphiques… Pourvu que ceux-ci proposent le recul nécessaire pour mettre en perspective notre étrange traversée.

Néanmoins, Télérama (sic mais ici) publie aujourd’hui un texte alléchant pour les cinéphiles, soit la traduction du journal que Pedro Almodovar rédige pour le quotidien en ligne espagnol « El Diario ». Malgré une déclaration d’amour érotique à Sean Connery, le texte n’échappe pas à la succession d’hommages et d’anecdotes loin d’être passionnante. Mais à la lumière du dernier opus de l’auteur Douleur et Gloire (2019), je décèle en filigrane une vertigineuse mise en abîme. Grâce à ce dernier film, je connais les lieux décrits, et imagine Pedro reclus en mules et pyjama, angoissé par la fuite de vigueur et d’inspiration, désormais en proie aux fantômes de ses souvenirs et à l’angoisse de la mort. Même confiné, le réalisateur espagnol génère des images dans mon cerveau, un curieux coda à sa dernière partition.


Mardi 7 Avril

C’est connu, la plateforme numéro 1 de la video on demand a signé un pacte avec les studios Ghibli, mettant à disposition de ses abonnés une immense partie de leur catalogue. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, votre serviteur conseille ici le méconnu Si tu tends l’oreille (1995) réalisé par Yoshifumi Kondo, soit le premier long métrage estampillé Ghibli qui ne soit pas réalisé par l’un des deux réalisateurs-fondateurs. Décédé brutalement en 1998, Yoshifumi Kondo était un grand animateur du studio, formé à la télévision, notamment sur deux séries-madeleines pour les enfants des années 80 : Tom Sawyer et Sherlock Holmes.

Deuxième actualité Ghibli, on trouve ici gratuitement 10 ans avec Hayao Miyazaki, documentaire en quatre parties de 50 minutes chacune réalisé pour la télévision japonaise. Un portrait rare, qui capte la souffrance inhérente au processus créatif du maître, son exigence légendaire, son tempérament irascible, son besoin maladif de reconnaissance et son obsession pour la mort. S’étendant des prémisses de Ponyo sur la falaise (2008) à la sortie du Vent se lève (2013), le film relate aussi la production compliquée des deux longs-métrages réalisés par son fils Goro Miyazaki et révèle en filigrane le rôle-clé du producteur Toshio Suzuki au sein du légendaire studio d’animation. Les deux premiers volets, de la naissance de l’idée de Ponyo à sa sortie en salles, constituent un document précis et détaillé sur la méthode de travail d’Hayao Miyazaki. À conserver, pour toujours.


Bonne semaine cinéphile à toutes et à tous !

Olivier Grinnaert.

Auditrices et auditeurs cinéphiles,

Il y a quarante ans, sortait sur nos écrans un uppercut cinématographique comme on aime en recevoir : Elephant man, second long métrage de David Lynch (après son premier ovni, Eraserhead en 1977). L’histoire – inspirée de la vie réelle de John Merrick dit «l’homme éléphant » en raison de ses difformités – est aujourd’hui élevée au rang de mythe et entrée dans la culture populaire. Le film, hommage au Freaks de Ted Browning (1932) propulsera le nom de David Lynch sur la scène internationale comme celui d’un auteur singulier et radical. Si sa ressortie en salles par Carlotta est repoussée après la crise sanitaire, les transmetteurs ont tenu à vous le teaser dés aujourd’hui. À défaut de pouvoir se retrouver, ils ont œuvré à distance: vos vaillants chevaliers cinéphiles sont chacun derrière leur ordinateurs respectifs armés d’un casque, d’un micro et d’un masque, ce dernier les rapprochant physiquement un peu plus du magnifique John Merrick. Vaut mieux quelques problèmes de son (les fameux aléas du … confinement) plutôt que pas d’émission. Du contenu plutôt que de la résignation ! Vaille que vaille et plus que jamais : parlons, écoutons, regardons, mangeons cinéma !

Bonne écoute à toutes et à tous !

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